Le retour stratégique du salon Simppar
Grasse ne se contente plus de son héritage. Le retour du salon Simppar sur le cours Honoré-Cresp marque une volonté claire de reconnecter l’industrie mondiale avec son berceau historique. Depuis 2024, cet événement professionnel alterne désormais annuellement entre Paris et Grasse.
Créé en 1991 sous le nom de Journées des matières premières, le salon s’est imposé comme le rendez-vous européen majeur pour les huiles essentielles, les molécules de synthèse et les équipements spécialisés. L’édition parisienne de juin 2025 avait déjà montré la vigueur du secteur avec 128 exposants et plus de 4 000 entrées.
L’édition grassoise actuelle monte en puissance. Avec 115 tentes individuelles déployées, l’événement accueille une quinzaine d’exposants supplémentaires par rapport à sa précédente occurrence locale. C’est un espace de négociation critique où nez, acheteurs et responsables recherche et développement définissent les tendances futures de la parfumerie.
L’odyssée olfactive des Parfums d’Asie
Parallèlement à l’effervescence commerciale, le Musée international de la Parfumerie (MIP) investit le champ culturel avec l’exposition Parfums d’Asie. Ce parcours sensoriel explore les civilisations de Chine, du Japon et du sous-continent indien, révélant que les senteurs y sont bien plus que des agréments.
L’exposition analyse le parfum comme un instrument du sacré, un attribut du pouvoir et un remède pour le corps. Le musée met en lumière des matières premières allant des fleurs communes aux ingrédients mythiques, comme l’ambre gris, cette concrétion intestinale du cachalot.
L’approche est immersive. Le visiteur suit un cheminement qui relie les anciennes routes commerciales à la spiritualité, démontrant comment un socle commun de gestes et de matières a traversé les siècles pour façonner les pratiques olfactives contemporaines.
L’expérience sensorielle de Médusa Parfumée

L’innovation à Grasse passe aussi par l’art contemporain. Du 23 mai au 30 août 2026, le MIP accueille l’installation Médusa Parfumée – L’étreinte invisible du marbre. Fruit d’une collaboration entre dsm-firmenich et un artiste plasticien, l’œuvre fusionne le visible et l’imperceptible.
La sculpture, taillée dans le marbre de Carrare, propose une relecture radicale du mythe de la Gorgone. Loin de la figure terrifiante capable de pétrifier le regard, Médusa apparaît ici avec des traits apaisés et silencieux. Les serpents, figés dans la pierre, ne sont plus des symboles de danger mais forment une structure de protection et de transformation.
L’originalité de l’œuvre réside dans sa dimension olfactive. Un parfum enveloppe la sculpture, prolongeant l’expérience visuelle par une sensation intime. Cette approche transforme la visite du musée en une réflexion sur le lien entre mémoire et perception.
La philosophie de la pierre et du parfum

L’influence de l’artiste OYMAK s’étend au-delà des murs du musée. Ses créations investissent également les Jardins du Musée international de la Parfumerie à Mouans-Sartoux, où les sculptures Le Chameau et Jizô restent visibles jusqu’au 2 novembre 2026.
Sculpteur sur pierre depuis 2015, OYMAK s’inspire des civilisations antiques et de la philosophie nietzschéenne pour explorer les métamorphoses de l’âme. Son travail actuel se structure autour d’un triptyque symbolique :
Le choix des matériaux souligne une recherche de texture et de provenance. Si le marbre de Carrare domine, l’artiste utilise aussi la serpentine de Grimaud, le calcaire de Bourgogne ou le marbre jaune de Saint-Vallier.
En croisant le commerce mondial des matières premières, l’étude des traditions asiatiques et l’art conceptuel, Grasse ne se contente plus d’être un musée à ciel ouvert. Elle s’affirme comme un laboratoire où le patrimoine historique dialogue avec la création vivante, assurant sa pertinence dans un marché du luxe en constante mutation.
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