Le retour partiel après 88 jours de silence numérique
Le rétablissement partiel de la connectivité, effectif depuis le 26 mai, met fin à une période d’isolement numérique sans précédent. Depuis le 28 février, date du début du conflit déclenché par une offensive israélo-américaine, le régime avait imposé un black-out presque total. Durant près de trois mois, la population a été confinée à l’intranet national, un réseau local fermé permettant uniquement l’accès aux services bancaires, aux sites administratifs et aux applications approuvées par l’État.
Comme le rapporte France 24, ce retour à la toile mondiale ne signifie pas pour autant la fin de la surveillance ou de la censure. Le passage d’un réseau national fermé à un accès mondial partiel s’est fait de manière erratique, créant un sentiment de frustration chez les professionnels et les citoyens.
Les données de NetBlocks et la persistance du Filternet

L’organisme de surveillance NetBlocks a confirmé un retour partiel de l’accès à Internet, estimé à environ 60 %. Si l’organisation a accueilli la nouvelle avec enthousiasme sur X, elle a immédiatement nuancé ce constat technique.
« Les indicateurs montrent une nouvelle amélioration de la connectivité grâce au rétablissement de la connexion des réseaux mobiles et autres segments à Internet. Filternet est toujours en place, mais il est possible de le contourner. WhatsApp est désormais restreint et nécessite un contournement. Certains utilisateurs restent hors ligne »
NetBlocks, via France 24
L’analyse technique montre que le régime n’a pas simplement « rouvert » les vannes. Le système Filternet reste opérationnel, agissant comme un filtre massif qui bloque les contenus jugés subversifs. L’accès à des outils de communication essentiels comme WhatsApp demeure restreint, obligeant les utilisateurs à multiplier les solutions de contournement pour maintenir un lien avec l’extérieur.
Le coût exorbitant de la connectivité pour les freelances
Pour les travailleurs indépendants, l’absence d’Internet n’était pas seulement un problème social, mais une catastrophe économique. Les graphistes et créateurs de contenu, qui dépendent d’outils d’intelligence artificielle et de tutoriels sur YouTube, ont vu leur activité paralysée.
« Ça peut paraître ridicule mais je suis restée plantée des heures devant mon écran en attendant que ça revienne. Pour moi, être connectée c’est indispensable »
Mina, graphiste freelance à Téhéran, via France 24
L’accès au réseau mondial est devenu un produit de luxe, accessible uniquement à ceux qui peuvent s’offrir des VPN coûteux et des forfaits de données onéreux. La situation financière est critique lorsque l’on compare les coûts de connexion aux revenus locaux :
Cette disparité crée une fracture numérique où une partie de la population reste délibérément hors ligne, faute de moyens financiers pour contourner les blocages d’État.
Une connectivité dégradée comme outil de contrôle

L’expérience utilisateur actuelle suggère que la lenteur du réseau est intentionnelle. De nombreux sites demeurent inaccessibles et les applications ne chargent pas correctement. Cette stratégie de débit réduit permet au régime de maintenir une forme de contrôle sur le flux d’informations tout en évitant l’isolement total qui pourrait exacerber les tensions internes.
« c’est lent, très lent… Il faut s’armer de patience avant de pouvoir regarder une vidéo YouTube »
Mina, graphiste freelance, via France 24
L’enjeu pour les prochains jours réside dans la stabilité de ce rétablissement. L’incertitude plane sur la pérennité de cet accès, les utilisateurs craignant un nouveau basculement vers l’intranet national. Pour les professionnels comme Mina, l’impératif est clair : continuer à investir des sommes importantes dans des outils de contournement pour rester à jour sur les outils d’IA et les tendances numériques, malgré une bande passante qui rend l’exercice laborieux.