L’ingénieur français Arnaud Prost dirigera le premier équipage à bord de Haven-1, la première station spatiale commerciale privée, en 2028. Sélectionné comme astronaute de réserve par l’ESA en 2022, ce polytechnicien de 33 ans occupera le rôle d’ingénieur d’essais lors de cette mission privée historique.
Le parcours d’Arnaud Prost et sa sélection à l’ESA
Le profil d’Arnaud Prost s’inscrit dans une tradition d’excellence technique. Diplômé de l’École polytechnique, cet ingénieur de 33 ans s’est distingué très tôt dans le milieu spatial. Comme le rapporte Le Figaro, il a été intégré au corps des astronautes de l’Agence spatiale européenne (ESA) en 2022, au sein de la même promotion que Sophie Adenot.

Cette sélection a eu lieu lors d’une campagne de recrutement massive ayant attiré plus de 22 000 candidatures provenant de 46 États membres de l’ESA. Prost a suivi le programme de formation fondamentale (Basic Training) au Centre des astronautes européens (EAC) de Cologne, incluant des entraînements en centrifugeuse, en piscine pour simuler la microgravité et des cours de survie en milieu hostile.
Toutefois, son entrée dans l’espace ne s’est pas faite par la voie classique des missions gouvernementales immédiates. Prost a été initialement sélectionné comme astronaute réserviste. Dans le système de l’ESA, ce statut place l’astronaute dans une position d’attente active, prêt à être déployé selon les besoins des missions ou les opportunités de vol.
Au-delà de ses diplômes, c’est sa réputation professionnelle qui marque les esprits. Les témoignages de ceux qui ont côtoyé l’ingénieur, notamment lors de ses passages à Cap Canaveral, font état d’une unanimité rare sur ses compétences et ses qualités humaines.
Haven-1 : le virage vers les stations spatiales commerciales
L’annonce de la mission de 2028 marque une rupture avec le modèle traditionnel de l’exploration spatiale. Haven-1 ne sera pas un module adjoint à la Station spatiale internationale (ISS), mais la toute première station spatiale commerciale privée.

Développée par l’entreprise Vast Space, fondée par le milliardaire Jed McCaleb, Haven-1 utilise une architecture de module gonflable. Ce choix technique vise à optimiser le ratio volume habitable par rapport à la masse au lancement. Le déploiement de la station sera assuré par une fusée SpaceX Falcon 9, tandis que le transport de l’équipage sera effectué par une capsule SpaceX Crew Dragon.
Ce basculement est symptomatique d’une tendance lourde : la transition d’une orbite basse terrestre gérée par des États vers un écosystème où des entités privées assurent l’infrastructure. Pour Arnaud Prost, cette mission représente une opportunité d’accélérer son calendrier de vol, transformant son statut de réserviste en celui de commandant d’un équipage pionnier.

L’enjeu de Haven-1 dépasse la simple prouesse technique. Il s’agit de valider la viabilité d’un habitat spatial autonome, capable de soutenir des activités de recherche ou de tourisme sans dépendre entièrement des agences nationales. Ce projet s’inscrit dans une compétition directe avec d’autres initiatives comme Axiom Space, qui prévoit d’attacher ses modules à l’ISS avant de s’en détacher, ou le projet Orbital Reef porté par Blue Origin et Sierra Space.
Le déploiement de Haven-1 répond également à l’urgence calendaire imposée par la fin de vie de l’ISS. La NASA a officiellement prévu le retrait de la station internationale d’ici 2030, ayant déjà sollicité des contrats pour le véhicule de désorbitation (ISS Deorbit Vehicle), créant ainsi un besoin critique pour des destinations commerciales en orbite basse (CLD – Commercial LEO Destinations).
Le rôle technique d’ingénieur d’essais en orbite
Arnaud Prost n’ira pas dans l’espace en simple passager ou coordinateur. Il y sera déployé en tant qu’ingénieur d’essais. Ce rôle est crucial pour une première station privée : il s’agit de tester, en conditions réelles, chaque système critique de l’infrastructure.
Le travail d’ingénieur d’essais consiste à :
- Valider la stabilité des systèmes de support de vie, et plus spécifiquement l’ECLSS (Environmental Control and Life Support System), incluant les cycles de régénération de l’oxygène et de récupération de l’eau.
- Vérifier l’intégrité structurelle de la station lors des premières phases d’occupation, en surveillant la pression interne et la résistance des matériaux gonflables face aux micrométéorites et débris spatiaux.
- Optimiser les protocoles opérationnels pour les futurs équipages, en adaptant les procédures de maintenance et de gestion des ressources à un volume habitable réduit par rapport aux 916 mètres cubes de l’ISS.
- Rapporter les anomalies techniques pour permettre des corrections rapides depuis la Terre.
Cette mission souligne l’importance croissante des profils hybrides, capables de conjuguer la formation rigoureuse d’un astronaute d’agence et l’agilité technique requise par le secteur privé. En menant le premier équipage, Prost devient le visage de cette nouvelle ère où la frontière entre service public spatial et industrie commerciale s’efface.
Le calendrier est désormais fixé pour 2028. D’ici là, la préparation de l’ingénieur se concentrera sur la maîtrise des spécificités techniques de Haven-1, un environnement qui différera sensiblement de l’ISS par sa conception et sa gouvernance. La mission devra notamment valider la capacité de la station à maintenir une orbitale stable sans assistance gouvernementale continue, un test déterminant pour le modèle économique de Vast Space.