Le ministre Frank Vandenbroucke a vivement recadré, ce jeudi 4 juin 2026, les critiques visant la ministre Éléonore Simonet concernant son éligibilité au statut BIM. Le ministre socialiste a dénoncé l’hypocrisie de certains députés, affirmant que l’invitation reçue par Mme Simonet résultait d’une lacune des bases de données fiscales.
L’imbroglio du statut BIM : une erreur de flux fiscal
L’affaire a éclaté autour d’une correspondance reçue en 2025 par Éléonore Simonet, ministre fédérale des Classes moyennes, des PME et des indépendants. Sa mutualité l’avait informée que, sur la base des données fiscales de 2024, elle pourrait avoir droit à l’intervention majorée (statut BIM), un avantage social destiné aux ménages aux revenus très faibles.

L’explication technique fournie par Frank Vandenbroucke est sans équivoque : à l’époque, Mme Simonet cumulait les fonctions d’avocate stagiaire et de députée. Or, les revenus parlementaires ne sont pas intégrés dans le flux fiscal classique utilisé par les mutualités pour le ciblage automatique. Cette omission a conduit l’administration fiscale à envoyer une notification erronée.
Le ministre a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait ni d’un octroi automatique, ni d’un démarchage actif. Si la ministre avait entamé les démarches, elle n’aurait jamais obtenu l’allocation en raison de ses conditions fiscales réelles.
La riposte de Frank Vandenbroucke face aux députés
La réaction de Frank Vandenbroucke à la Chambre a été d’une rare violence verbale, visant particulièrement Daniel Bacquelaine (MR), Frieda Gijbels (N-VA) et Alexia Bertrand (Anders).

Vandenbroucke a retourné l’accusation d’hypocrisie contre ses détracteurs. Il a souligné que les trois partis s’insurgeant contre l’incident sont précisément ceux qui bloquent sa proposition : l’utilisation systématique de toutes les bases de données disponibles pour garantir que seules les personnes réellement nécessiteuses bénéficient de l’intervention majorée.
Pour le ministre, l’affaire Simonet illustre précisément la faille du système actuel, où l’absence de synchronisation des données peut mener à des propositions inappropriées, tout en laissant potentiellement des bénéficiaires légitimes sur le côté.
L’urgence budgétaire : 6,7 milliards d’euros à trouver
Cette joute politique intervient alors que le gouvernement Arizona tente de stabiliser des finances publiques alarmantes. Selon La Libre, un effort budgétaire conséquent de 6,7 milliards d’euros est nécessaire pour réduire la dette publique.

Éléonore Simonet a dressé un constat sévère de la situation financière du pays :
- Déficit budgétaire : 5,2 %
- Charge de la dette (2026) : 12,3 milliards d’euros
- Dépenses de pensions : 72 milliards d’euros, en hausse de 38 % depuis 2018
Face à ces chiffres, la ministre rejette toute hausse de la fiscalité, rappelant que la Belgique est déjà le pays de l’OCDE taxant le plus les revenus du travail. Sa stratégie repose donc exclusivement sur la maîtrise des dépenses et des réformes structurelles, notamment sur le chômage et les pensions.
Le recentrage du statut BIM et la lutte contre les abus
Au cœur des réformes prônées par Mme Simonet se trouve la révision du statut BIM. Ce dispositif, dont bénéficient environ 2,4 millions de personnes, offre des remboursements médicaux accrus et des tarifs préférentiels sur les transports. Selon Sudinfo, ce statut concerne environ 20 % de la population.
La ministre dénonce des mécanismes d’octroi qu’elle juge parfois trop automatiques
, permettant à des individus dont la situation financière ne justifie pas l’aide d’en bénéficier. Elle plaide pour un recentrage strict du statut sur les plus précaires.
Cette volonté de rigueur s’étend aux malades de longue durée. S’appuyant sur des chiffres de l’Inami, le Mouvement Réformateur rapporte que la ministre estime que près d’un quart des bénéficiaires de ce régime seraient aptes à reprendre une activité professionnelle.
Le paradoxe est frappant : alors que Mme Simonet combat les abus du système BIM pour sauver les finances publiques, elle devient elle-même le symbole, pour ses opposants, des failles de ce même système. La bataille politique ne fait que commencer, entre nécessité comptable et guerre d’image.