L’arsenic et le plomb : les nouveaux visages de la mortalité alimentaire

Alors que les maladies biologiques comme les bactéries et les virus provoquent la majorité des cas de maladies d’origine alimentaire, une réalité plus sombre émerge concernant la mortalité. Selon la recherche de l’Organisation mondiale de la Santé publiée dans The Lancet, les risques chimiques sont responsables d’une part disproportionnée des décès. En 2021, les substances chimiques représentaient un taux frappant de 73 % des décès dus à une alimentation contaminée.
Cette mortalité est principalement alimentée par deux agents : l’arsenic inorganique, impliqué dans 42 % de ces décès, et le plomb, qui en concerne 31 %. Ces substances, qui peuvent provenir de sources naturelles ou d’activités humaines comme l’utilisation de peinture ou de carburant, s’infiltrent dans les sols et l’eau avant d’être absorbées par les plantes et la chaîne alimentaire. Pour la première fois, l’impact de ces métaux lourds sur les maladies non transmissibles, notamment les cancers et les pathologies cardiovasculaires, a été quantifié.
« Les maladies cardiovasculaires tuent environ 20 millions de personnes chaque année. Mais l’ampleur de la proportion liée à l’alimentation n’était pas pleinement reconnue. Elle représente environ 5 % de toutes les maladies cardiovasculaires, » Luc Ingenbleek, via news.google.com
Le Dr Robert Lake, ancien président du Groupe d’épidémiologie de la charge des maladies d’origine alimentaire (FERG) de l’OMS, a qualifié ces risques chimiques de « défi profond » car ces substances sont extrêmement difficiles à éliminer une fois qu’elles ont pénétré le système alimentaire mondial. Les régions de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental sont actuellement les plus durement touchées par cette contamination.
Une menace mortelle pour les jeunes enfants

Si les adultes sont touchés, les conséquences sont bien plus dévastatrices pour la petite enfance. Les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé soulignent que les enfants de moins de cinq ans encourent un risque de maladie presque trois fois supérieur à celui des adultes.
Bien qu’ils ne représentent que 9 % de la population mondiale, les jeunes enfants subissent près d’un tiers de tous les cas de maladies d’origine alimentaire. Les maladies diarrhéiques constituent la menace la plus immédiate pour ce groupe, mais l’exposition aux produits chimiques comme le méthylmercure et le plomb présente des risques de long terme, notamment des dommages neurologiques et des troubles du développement irréversibles.
L’impact financier colossal de l’insécurité alimentaire
Au-delà du coût humain, le fardeau des maladies d’origine alimentaire pèse lourdement sur l’économie mondiale. En 2021, ces maladies ont entraîné une perte de productivité estimée à environ 310 milliards de dollars US. Toutefois, lorsque ce montant est ajusté pour tenir compte des différences de coût de la vie entre les pays, l’impact économique grimpe à 647 milliards de dollars US.
Yuki Minato, responsable technique de la sécurité sanitaire des aliments à l’OMS et auteur principal du rapport, met en garde contre l’aggravation de ces tendances sous l’effet de facteurs externes.
« Les maladies d’origine alimentaire sont non seulement persistantes, mais sont aggravées par le changement climatique, qui augmente les risques de contamination, et par la résistance aux antimicrobiens, qui rend les infections plus difficiles à traiter, » Yuki Minato, via news.google.com
L’approche « One Health » et les nouveaux outils d’inspection

Pour contrer cette crise, l’OMS préconise l’adoption d’une approche « One Health », qui intègre la santé humaine, animale, végétale et environnementale. Cette stratégie vise à briser les silos entre les secteurs de la santé, de l’agriculture et de l’environnement pour intervenir directement à la source de la contamination.
« La sécurité alimentaire n’est pas une question abstraite — elle touche chaque repas, chaque famille, chaque jour. L’insécurité alimentaire a toujours été une préoccupation majeure de santé publique, mais jusqu’à présent, nous manquions d’une vision globale de son impact humain et économique colossal. Ces nouvelles estimations changent la donne. » Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS
Parallèlement à ces appels à l’action, des mesures concrètes sont déployées pour renforcer les contrôles nationaux. Dans le cadre de la Journée mondiale de la sécurité sanitaire des aliments, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) organisera le webinar de la FAO le 16 juin 2026. Cette session présentera un nouveau kit de ressources pour l’inspection basée sur le risque, conçu pour aider les autorités à prioriser les interventions là où les risques pour la santé publique sont les plus élevés.
L’enjeu est désormais de transformer ces données en politiques publiques rigoureuses, allant de régulations industrielles plus strictes à une meilleure gestion des pratiques agricoles, afin de sécuriser durablement la chaîne alimentaire mondiale.