Le retour de Les Chatouilles aux Folies Bergère
Pour une date unique, le mercredi 10 juin à 20 heures, la comédienne et metteuse en scène Andréa Bescond reprend les planches du célèbre théâtre parisien. Andréa Bescond rend hommage à la jeune fille à travers son seul-en-scène, Les Chatouilles ou la Danse de la colère, une œuvre qui lui avait valu un Molière en 2016. Ce prix Molière du spectacle de création publique avait salué la puissance de son récit et la radicalité de sa mise en scène, marquant un tournant dans le théâtre contemporain par son traitement du traumatisme.


Le choix des Folies Bergère pour cette représentation exceptionnelle souligne l’ampleur de la mobilisation. En investissant cette scène historique de Paris, Andréa Bescond transforme la performance artistique en un acte de mémoire collective. Ce spectacle, qui retrace les agressions sexuelles subies par l’artiste durant son enfance, est désormais dédié à la mémoire de Lyhanna et à tous les enfants victimes de violences sexuelles. L’événement ne se limitera pas à la performance artistique : les spectateurs seront invités à un débat post-représentation pour aborder les failles de la protection de l’enfance et du système judiciaire, avec la participation attendue d’experts et de représentants de la société civile.
L’engagement de la comédienne dépasse le cadre de la scène. L’intégralité des recettes de la billetterie, dont les prix oscillent entre 20 et 50 euros pour les 1 700 places disponibles, sera reversée à La Fondation des femmes. Cette organisation utilisera l’intégralité de ces fonds pour soutenir ses actions de plaidoyer juridique et pour renforcer l’accompagnement des victimes de violences sexuelles face aux défaillances institutionnelles.
L’impunité d’un suspect déjà connu de la justice
Le drame qui a frappé Lyhanna, dont le corps a été découvert dans une exploitation agricole du Gers après sa disparition le 29 mai, a mis en lumière une réalité brutale. Les recherches engagées dans le département après sa disparition ont conduit à la découverte de son corps dans cette zone rurale, déclenchant une enquête criminelle immédiate.
Le principal suspect, un homme de 41 ans, faisait déjà l’objet de plusieurs signalements et plaintes pour violences sexuelles sur mineures, mais n’avait jamais fait l’objet de poursuites effectives. La récurrence de ces signalements, restés sans suites judiciaires concrètes malgré la gravité des faits rapportés, est aujourd’hui au cœur de l’indignation générale.
Cette situation soulève des questions vertigineuses sur l’efficacité de la chaîne pénale. Alors que le ministre de l’Intérieur a reconnu un « échec » et présenté ses excuses, la comédienne dénonce une normalité française où des prédateurs connus bénéficient d’une forme d’impunité.
« Comment peut-on encore parler de faits divers quand une enfant est tuée par un pédocriminel en série ? »
Andréa Bescond, via Le Figaro
Une indignation qui s’étend aux institutions
La mort de la collégienne a déclenché une vague de colère et de mobilisation sans précédent. Au-delà des réseaux sociaux, des actions concrètes se structurent pour exiger des comptes aux pouvoirs publics et demander une réforme des protocoles de signalement.
- Des rassemblements sont organisés ce lundi soir dès 19 heures devant les tribunaux de Montauban et de Castelsarrasin. Ces manifestations locales visent à interpeller les magistrats et les procureurs sur la gestion des signalements de pédocriminalité dans la région.
- La Fondation des femmes appelle à une manifestation devant le ministère de la Justice, place Vendôme, ce lundi 8 juin à 19 heures. Ce mouvement national cherche à exiger une refonte immédiate des mécanismes de suivi des individus signalés pour des faits similaires.
- Plusieurs personnalités, dont Jeanne Cherhal, Maïtena Biraben et Alex Lutz, ont signé un texte commun dénonçant l’inaction de l’État. Ce collectif d’artistes et de figures publiques demande une révision profonde des dispositifs de protection pour éviter que des profils connus ne restent en liberté.
L’attaque est frontale : Andréa Bescond ne ménage ni le président Emmanuel Macron, ni le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qu’elle accuse d’incompétence. Pour l’artiste, ce drame n’est pas un accident isolé, mais le symptôme d’un pays qui délaisse sa jeunesse.
« Les filles ont des droits, dont celui de ne pas être des proies »
Collectif d’artistes, via Télérama
La mobilisation de ce lundi marque un tournant : l’affaire Lyhanna ne sera plus traitée comme un simple fait divers, mais comme un catalyseur politique pour exiger une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants.