Une équipe internationale de paléontologues a identifié Kryptohadros kallaiae, une nouvelle espèce de dinosaure à bec de canard, dans le bassin de Hațeg en Roumanie. Ce spécimen, datant d’il y a environ 70 millions d’années, permet de distinguer ce herbivore d’autres espèces locales et redéfinit l’évolution des hadrosauroïdes en Europe du Sud-Est.
La découverte a été réalisée grâce à l’analyse d’un squelette incomplet exhumé dans les dépôts continentaux de la formation Densuș-Ciula. Le site de Fântânele-3, situé près du village de Vălioara, est devenu un point d’intérêt majeur pour les chercheurs en raison de la nature inhabituelle des dinosaures qui habitaient autrefois ces îles.
La distinction morphologique entre Kryptohadros et Telmatosaurus
Pendant plus d’un siècle, les restes d’hadrosauroïdes trouvés dans cette région étaient systématiquement attribués à une seule espèce : Telmatosaurus transsylvanicus. Cette confusion persistait car les fossiles étaient trop fragmentaires pour permettre une identification précise. Une équipe internationale de paléontologues a toutefois réussi à isoler des caractéristiques propres à Kryptohadros kallaiae, malgré un spécimen holotype partiel composé d’un crâne, de fragments de côtes, de vertèbres caudales et d’un membre postérieur partiel.

« Les squelettes complets comprenant des éléments crâniens, des vertèbres et des os des membres sont très rares dans le bassin de Hațeg, et c’est particulièrement vrai pour les restes d’hadrosauroïdes. La plupart des sites ne contiennent généralement que des éléments osseux isolés de ce groupe de dinosaures, lesquels, bien que manquant souvent de caractéristiques déterminantes, étaient généralement considérés comme appartenant au Telmatosaurus déjà connu. »
Dr. Attila Ősi, paléontologue à l’université ELTE Eötvös Loránd
La ressemblance entre les deux espèces est frappante, ce qui explique l’erreur historique. Selon János Magyar, doctorant à l’université ELTE et au Musée hongrois d’histoire naturelle, la similitude entre la nouvelle espèce et Telmatosaurus est assez élevée, car ce sont des parents proches
. L’analyse fine a révélé que les divergences se situent quasi exclusivement dans la morphologie des éléments du crâne.
L’émergence des Telmatosauridae : un clade endémique
L’identification de Kryptohadros ne se limite pas à l’ajout d’un nom dans le catalogue des dinosaures. Elle permet d’établir l’existence d’un nouveau groupe évolutif appelé Telmatosauridae. Ce clade endémique regroupe trois espèces ayant évolué dans les environnements insulaires de l’Europe du Sud-Est durant le Crétacé supérieur :
- Kryptohadros kallaiae (Roumanie)
- Telmatosaurus transsylvanicus (Roumanie)
- Tethyshadros insularis (Italie)
Cette classification souligne une spécialisation biologique forte. Le fait que ces trois espèces forment un groupe distinct suggère que l’isolement géographique des îles de l’archipel européen a favorisé une évolution parallèle, loin des lignées d’hadrosauroïdes plus massives présentes sur les continents.
« Nos analyses phylogénétiques révèlent des relations particulièrement étroites entre tous les hadrosauroïdes d’Europe du Sud-Est du Crétacé supérieur actuellement connus (Telmatosaurus, Tethyshadros et Kryptohadros) qui appartiennent à un nouveau petit clade endémique, les Telmatosauridae. »
Chercheurs, via Sci News
Une route de migration asymétrique entre l’Asie et l’Europe
L’étude de Kryptohadros apporte un éclairage crucial sur la manière dont les dinosaures ont colonisé l’Europe. Les données suggèrent que l’archipel européen du Crétacé a connu au moins six événements de dispersion distincts provenant d’Asie, s’étalant de l’Albien (113 à 100 millions d’années) au Maastrichtien (72 à 66 millions d’années).

L’aspect le plus intrigant réside dans la distribution géographique des espèces. Les chercheurs ont constaté que certaines lignées d’hadrosauroïdes arrivées plus tard en Europe étaient totalement absentes des îles du Sud-Est. Ce vide biologique indique que les ancêtres des Telmatosauridae ont emprunté un chemin différent de leurs successeurs.
« L’absence de certaines lignées d’hadrosauroïdes européennes arrivées plus tard dans les faunes des îles d’Europe du Sud-Est soutient des hypothèses antérieures proposant une route de migration directe, durant le Crétacé terminal, entre l’Asie et les îles d’Europe du Sud-Ouest, en contournant l’Europe du Sud-Est. »
Chercheurs, via Sci News
Cette conclusion redessine la carte des mouvements migratoires préhistoriques. Au lieu d’une progression linéaire à travers le continent, les espèces auraient utilisé des routes maritimes ou terrestres intermittentes, créant des poches d’isolement comme le bassin de Hațeg. Ce mécanisme d’isolement a permis aux Telmatosauridae de diverger et de survivre dans un écosystème restreint jusqu’à la fin de l’ère des dinosaures.
L’analyse de ces fossiles fragmente donc un puzzle complexe sur la biodiversité insulaire. En distinguant Kryptohadros de Telmatosaurus, les paléontologues prouvent que la diversité des herbivores dans le Sud-Est européen était bien plus riche qu’on ne le pensait, même dans des environnements limités.
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