Des milliers de déplacés libanais regagnent le sud du pays depuis le lundi 15 juin 2026, après l’annonce d’un accord entre les États-Unis et l’Iran. À Nabatiyé et Tyr, les habitants retrouvent des villes dévastées, tandis qu’à Deir Qanoun an-Nahr, on enterre les victimes d’un conflit ayant fait plus de 3 800 morts.
Nabatiyé et Tyr : le retour face aux décombres
L’espoir d’une vie normale reprend timidement à Nabatiyé. Depuis lundi, des dizaines de personnes marchent à nouveau dans les rues de cette ville du sud, selon un reportage de RFI. Pour beaucoup, le retour est un choc visuel. Kamel Farran a retrouvé sa maison complètement détruite par une frappe israélienne, un lieu qui était autrefois le centre de réunion de sa famille.

La situation est similaire pour Anwar Shahrour, blessée durant les combats. Après avoir dormé dans la rue et trouvé refuge dans des écoles, elle a choisi de dormir dans les murs restants de sa propre maison, malgré l’absence de portes et de meubles. Pour elle, l’insécurité du sans-abrisme était pire que la précarité de ses ruines.

À Tyr, le constat est tout aussi amer. Dans le quartier Jaafariyé, La Croix rapporte la présence de carcasses de voitures projetées par le souffle des explosions. Des débris métalliques jonchent encore le sol au pied des colonnades romaines du site archéologique, face à la Méditerranée, témoignant de la proximité des frappes avec le patrimoine historique.
Quelques commerces tentent de rouvrir. Hanan Hamadi et sa famille s’efforcent de nettoyer leur boutique, tout en constatant que le souk a totalement changé et que ses repères habituels ont disparu.
Le bilan matériel et humain à Deir Qanoun an-Nahr
Le village de Deir Qanoun an-Nahr, connu pour sa production d’huile d’olive, illustre la violence systémique subie par la région. Selon Hassan al-Husseini, responsable de la municipalité, le village a subi 35 frappes israéliennes depuis mars, entraînant la mort d’au moins 55 habitants.
L’impact architectural est massif :
- 50 maisons totalement détruites.
- 150 maisons endommagées et désormais inhabitables.
- Une population réduite à 400 habitants juste avant la fin des combats, suite aux ordres d’évacuation de l’armée israélienne.
Au cimetière, les fossoyeurs préparent des tombes pour 17 à 18 nouveaux « martyrs ». Ces morts rejoignent ceux des conflits précédents, notamment celui de 2006 et la guerre s’étant déroulée entre octobre 2023 et novembre 2024.
Les frappes ciblées et le sacrifice des secouristes
Le coût humain se mesure également en tragédies familiales. Le 19 mai, une frappe a tué au moins 14 personnes. Parmi elles, 13 membres d’une seule et même famille, dont Mohammad Abbas Najdi, sa femme, ses filles, son gendre et leurs enfants.

Le personnel de secours a également payé un tribut lourd. Le 22 mai, Ahmad Hariri, photographe professionnel et secouriste volontaire, a été tué alors qu’il évacuait une famille visée par une frappe sur la route du village.
« Nous étions une équipe de huit secouristes, nous en avons perdu trois.
Ali Hariri, responsable des secouristes affiliés au mouvement AmalCe mouvement, allié au Hezbollah, a vu ses membres s’impliquer activement dans les opérations de sauvetage tout au long du conflit.
Un espoir fragile suspendu à un accord non signé
Ce retour des populations s’appuie sur un protocole d’accord annoncé lundi entre les États-Unis et l’Iran, censé mettre fin aux hostilités sur tous les fronts régionaux. Cependant, ce document n’est pas encore signé. Cette incertitude crée un climat de tension : si certains reprennent possession de leurs foyers, les bombardements se poursuivent encore dans certaines localités.
Le conflit a été déclenché le 2 mars, lorsque le Hezbollah a entraîné le Liban dans une guerre régionale pour soutenir l’Iran. Depuis cette date, les autorités libanaises recensent plus de 3 800 morts.
Pour les habitants du sud, la priorité immédiate est le dénombrement des disparus. À Deir Qanoun an-Nahr, plusieurs jeunes n’ont toujours pas été retrouvés. Le retour à la normale sera long, marqué par le deuil omniprésent dans chaque famille, où, selon les responsables locaux, la perte d’un frère ou d’un cousin est devenue la norme.
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