Des fouilles archéologiques et des analyses génétiques récentes révèlent que la peste, responsable de pandémies dévastatrices comme la Grande Mort noire du XIVe siècle, a frappé des communautés de chasseurs-cueilleurs en Sibérie il y a 5 500 ans, bien plus tôt que ne le suggéraient les hypothèses scientifiques. Une étude publiée le 21 juin 2026 dans la revue Nature par une équipe internationale, incluant des chercheurs de l’Université d’Oxford et de l’Université de Copenhague, confirme que des épidémies mortelles ont déjà décimé des groupes humains bien avant l’émergence des villes et de l’agriculture intensive.
Une découverte qui bouleverse les théories sur l’origine de la peste
Jusqu’à présent, les chercheurs pensaient que la peste, causée par la bactérie Yersinia pestis, avait commencé comme une maladie relativement bénigne, se transformant en fléau mortel seulement après l’apparition des sociétés urbaines et des échanges commerciaux. Les nouvelles découvertes, basées sur l’analyse d’ADN ancien de 46 individus inhumés près du lac Baïkal en Sibérie, changent radicalement cette vision. Sur les 46 squelettes étudiés, 18 présentaient des traces de la bactérie, un taux de contamination bien supérieur à celui observé dans certaines fosses médiévales liées à la peste. Selon Ruairidh Macleod, généticien évolutif à l’Université d’Oxford et auteur principal de l’étude, cette découverte est une « surprise totale » : « Nous avons découvert des preuves vraiment précoces d’épidémies de peste à grande échelle parmi des communautés de chasseurs-cueilleurs », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

« C’était une surprise complète de découvrir des preuves si anciennes et si précoces d’épidémies de peste parmi ces chasseurs-cueilleurs. »
Les résultats, publiés par Nature, montrent que la peste était déjà un fléau mortel bien avant les grandes pandémies historiques. Les chercheurs ont identifié deux phases distinctes d’épidémies, entre 5 520 et 5 265 ans avant notre ère, et entre 5 315 et 4 235 ans avant notre ère. Les analyses génomiques révèlent que la souche de peste responsable contenait un « superantigène » capable de provoquer des complications inflammatoires graves, notamment chez les enfants, dont les systèmes immunitaires sont plus vulnérables.
Pourquoi les enfants étaient-ils les plus touchés ?
L’une des découvertes les plus troublantes est la surreprésentation des enfants parmi les victimes. Les sites funéraires étudiés, notamment à Ust’-Ida I, contenaient un nombre anormalement élevé d’enfants de moins de 12 ans, ce qui est « vraiment inhabituel pour cette région », selon Angela Lieverse, professeure d’archéologie à l’Université de Saskatchewan. Les chercheurs ont déterminé que la souche de peste identifiée chez ces chasseurs-cueilleurs possédait une variante génétique absente des souches modernes, mais qui pouvait déclencher des réactions inflammatoires extrêmes, comme le syndrome de Kawasaki, chez les jeunes enfants.

« Cela a tout simplement allumé une ampoule dans ma tête. »
Les analyses génétiques ont également révélé que cette souche de peste manquait d’un gène essentiel pour une transmission efficace par les puces, mais qu’elle possédait une variante génétique particulièrement virulente pour les humains, surtout pour les enfants. Cette découverte remet en cause l’idée selon laquelle les premières souches de peste étaient moins dangereuses, et suggère que la maladie était déjà un fléau bien avant l’ère des villes et des échanges commerciaux.
Un nouveau modèle pour comprendre la propagation de la peste
Les chercheurs ont également établi un lien entre la peste et les marmottes, un animal aujourd’hui encore associé à la transmission de la maladie dans la région du lac Baïkal. Les marmottes, consommées par les chasseurs-cueilleurs, pourraient avoir été le vecteur initial de la bactérie. Cette hypothèse est corroborée par des études antérieures, comme celle publiée dans Nature Communications en 2018, qui suggérait que la peste était déjà présente en Eurasie il y a plus de 5 000 ans, mais sans preuve de son impact mortel.

Selon Eske Willerslev, généticien évolutif à l’Université de Copenhague et co-auteur de l’étude, ces résultats « changent fondamentalement notre compréhension des origines et de l’impact précoce de l’un des pathogènes les plus déterminants de l’histoire humaine ». Il ajoute : « Cela ne correspond pas au modèle que nous avions, mais nous devons accepter les données. »
Les données génétiques montrent que la peste a circulé entre plusieurs communautés de chasseurs-cueilleurs, suggérant une transmission interhumaine, peut-être facilitée par des contacts saisonniers ou des déplacements le long des rivières. Cette découverte ouvre de nouvelles pistes sur la manière dont les maladies infectieuses ont pu se propager bien avant l’ère des grandes civilisations.
Quelles implications pour la santé publique aujourd’hui ?
Bien que cette découverte soit d’ordre historique, elle offre des perspectives nouvelles sur la manière dont les pathogènes ont pu évoluer et se propager dans des environnements variés. Les chercheurs soulignent que la peste reste aujourd’hui une menace réelle, notamment dans certaines régions d’Asie centrale et d’Amérique du Nord, où elle est encore présente chez les rongeurs et les puces. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la peste cause encore des épidémies sporadiques, principalement sous forme de peste bubonique, et reste une maladie à déclaration obligatoire.
Cette étude rappelle également l’importance de surveiller les maladies infectieuses émergentes, même dans des régions éloignées ou peu peuplées. Comme le souligne Ruairidh Macleod, « les données montrent que les pathogènes peuvent avoir un impact dévastateur bien avant que nous ne les identifiions clairement ». Les chercheurs appellent à une vigilance accrue face aux maladies zoonotiques, qui peuvent passer des animaux aux humains, et à une meilleure compréhension de leur évolution sur le long terme.
« Les résultats montrent que les pathogènes peuvent avoir un impact dévastateur bien avant que nous ne les identifiions clairement. »
En résumé, cette découverte ne change pas directement les protocoles de santé publique actuels, mais elle enrichit notre compréhension de l’histoire des maladies infectieuses et de leur potentiel à évoluer en fléaux mortels. Pour les chercheurs, elle souligne aussi l’importance de continuer à étudier les vestiges archéologiques et les échantillons d’ADN ancien pour éclairer les origines des maladies qui ont façonné l’histoire humaine.
Pour aller plus loin, consultez les détails de l’étude publiée dans Nature ainsi que les analyses complémentaires disponibles sur News Medical.
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