Des chasseurs-cueilleurs ont introduit des truites brunes dans des lacs isolés des montagnes norvégiennes il y a au moins 7 000 ans. Cette découverte, liée à la mise au jour de pièges à poissons dans le lac Tesse, prouve que des populations préhistoriques transportaient activement des poissons vers les hautes altitudes pour sécuriser leurs ressources estivales.
La présence de truites brunes dans les lacs de haute altitude de Norvège n’est pas le fruit du hasard naturel.
La découverte fortuite au lac Tesse
L’élément déclencheur de cette analyse est une découverte archéologique réalisée dans la municipalité de Lom, au sein de la région du Jotunheimen. En juin, alors qu’il marchait à environ 850 mètres d’altitude, le randonneur Reidar Marstein a remarqué des structures inhabituelles au fond du lac Tesse, dont le niveau d’eau était particulièrement bas.
Ces structures se sont révélées être des pièges à poissons complexes, composés de poteaux en bois enfoncés dans le lit du lac. L’analyse de ces installations a permis de dater leur utilisation d’environ 7 000 ans, plaçant ainsi ces activités de pêche à l’âge de la pierre. Le biologiste Trygve Hesthagen a inspecté les lieux, où des poteaux modernes ont été installés pour aider à cartographier la construction originale de ces pièges.
Une stratégie de survie pour les chasseurs-cueilleurs
L’existence de ces pièges à 850 mètres d’altitude modifie la compréhension du mode de vie des populations préhistoriques norvégiennes. Jusqu’ici, on considérait que ces groupes se concentraient principalement sur la chasse au renne lors de leurs incursions dans les hautes terres. L’ampleur des installations découvertes suggère une exploitation systématique et organisée des ressources aquatiques.
Le transport de truites brunes depuis les côtes ou les cours d’eau inférieurs vers des lacs isolés indique une planification rigoureuse. Les chasseurs-cueilleurs ne se contentaient pas de suivre le gibier ; ils créaient activement des réserves alimentaires en introduisant des espèces productives dans des environnements où elles ne pouvaient arriver seules. Cette pratique permettait de garantir une source de protéines stable lors des expéditions de foraging estivales dans les montagnes.
L’implication de l’Université d’Oslo et du Musée d’histoire culturelle
L’analyse croisée entre la biologie des poissons et l’archéologie des structures de bois permet de confirmer l’anthropisation précoce de ces écosystèmes.
Pour les scientifiques, ce cas d’espèce transforme des poissons considérés comme sauvages
en véritables artefacts biologiques, témoins d’une gestion active de la biodiversité il y a 7 000 ans.
L’incertitude demeure quant au nombre total de lacs ainsi “ensemencés” à travers la Norvège, mais la découverte au lac Tesse fournit un précédent matériel solide. La question reste ouverte sur la méthode exacte de transport utilisée par ces populations pour maintenir les poissons en vie durant la montée vers les sommets du Jotunheimen.
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