À Gobabis, des éleveurs sans terre comme Markus Aoxamub maintiennent leur bétail en zone urbaine malgré l’interdiction municipale, faute d’accès à des terres agricoles. Cette situation, rapportée le 30 juillet 2026, provoque des tensions avec les autorités régionales de l’Omaheke qui alertent sur les risques d’accidents routiers.
Le conflit entre la réglementation urbaine et la survie économique des agriculteurs sans terre s’intensifie à Gobabis. Markus Aoxamub, 58 ans, résidant dans le quartier informel de Kanaan B, y élève cinq ânes et huit chèvres. Bien que les lois municipales interdisent la possession de bétail dans les limites urbaines — sauf dans des zones strictement clôturées —, Aoxamub affirme ne pas avoir d’autre option pour ses animaux, acquis il y a 30 ans alors qu’il travaillait dans une ferme.
Le blocage des demandes de terres à Gobabis
Pour les éleveurs urbains, le maintien des animaux en ville est la conséquence directe d’un échec des politiques de redistribution foncière. Markus Aoxamub a déposé une demande pour une ferme de réinstallation il y a environ 20 ans, sans succès. Il conditionne son départ de la zone urbaine à l’obtention d’un terrain viable : Je suis prêt à quitter la ville, mais la municipalité doit me donner un endroit où rester
, a-t-il déclaré selon le journal The Namibian.
Ce sentiment d’abandon est partagé par d’autres exploitants. Lesley Pienaar, qui élève plus de 60 chèvres et 112 porcs à son domicile dans le secteur de Road Camp, ainsi que des bovins sur un autre site à Gobabis, estime que les requêtes adressées au gouvernement restent sans réponse. Interrogé par le ministère de l’Information et des Technologies de la Communication dans l’Omaheke, il a affirmé que l’attente d’une attribution foncière semble vaine au regard des précédents.
Sécurité routière et risques dans l’Omaheke
La présence d’animaux en milieu urbain n’est pas seulement un problème administratif, mais une menace pour la sécurité publique. La police de l’Omaheke a averti que les ânes, les chevaux et les bovins errant sur les routes constituent un danger réel pour la circulation. Les autorités ont rappelé que les propriétaires négligents s’exposent à des poursuites judiciaires.
Face à l’urgence, Cynthia Araes, conseillère de l’Autorité Traditionnelle Gobanin, a préconisé l’installation de clôtures à proximité des axes routiers pour empêcher le bétail de s’égarer sur les autoroutes et de provoquer des collisions.
Une tendance observée à Otjiwarongo et Grootfontein
Le phénomène dépasse les limites de Gobabis et touche plusieurs centres urbains namibiens, notamment Grootfontein, Tsumeb et Rundu. Les municipalités d’Otjiwarongo et de Grootfontein ont annoncé l’année dernière le début de la mise en fourrière des animaux trouvés dans les rues, citant les risques de trafic et les dommages causés aux jardins et aux cultures résidentielles.
L’ampleur du problème est particulièrement marquée à Otjiwarongo, où environ 3 000 animaux d’élevage ont été recensés à l’intérieur de la ville depuis août 2024.
Contradictions et refus de réinstallation
Le conseiller de la circonscription de Gobabis, Liberius Kalili, a exprimé son incompréhension face à certains comportements. Selon lui, certains propriétaires d’animaux auraient refusé des propositions de réinstallation formulées par le bureau du Gouverneur, jugeant les terres proposées trop petites. Kalili a également dénoncé une augmentation volontaire des troupeaux en ville, notant que certains résidents, qui ne possédaient initialement que des chèvres, ont introduit ultérieurement des bovins ou des porcs dans leurs enclos.
Pour Markus Aoxamub, l’utilité pratique prime sur la légalité : ses ânes lui permettent de transporter l’eau sur de longues distances entre son domicile et les points d’eau communautaires du quartier Kanaan, soulignant la précarité des infrastructures dans les zones informelles.
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