Confrontés à une baisse de leur pouvoir d’achat cet été, de nombreux Français réduisent leurs dépenses au restaurant. Selon des données diffusées, 55 % des restaurateurs constatent un recul de leur activité, tandis que la fréquentation baisse de 20 à 30 % dans le secteur, selon Franck Chaumès, le président de l’UMIH Restauration, qui s’exprimait sur France 5.
L’inflation, la hausse des factures d’énergie et la lourdeur des loyers pèsent lourdement sur les budgets des ménages. Pour leurs congés, la prudence est de mise : un sondage Alliance Tourisme-Ipsos cité par Capital indique qu’un tiers des Français dispose de moins de 1 000 euros pour ses vacances. Un autre tiers se situe entre 1 000 et 2 000 euros, et seulement 16 % au-delà de 3 000 euros. Selon TF1 Info, un Français sur deux réduit son budget restauration.
Des tables partagées et des additions réduites à Tours
Sur les terrasses du centre historique de Tours, en Indre-et-Loire, les habitudes de consommation évoluent visiblement. Une famille venue visiter les châteaux de la Loire toute la semaine résume parfaitement la situation au micro de TF1 : On a fait plus de pique-niques, c'est notre premier resto de la semaine, et notre dernier. C'est le luxe !
Face à ces arbitrages serrés, les professionnels de la restauration constatent des comportements inédits. Certains groupes s’annoncent nombreux mais réduisent l’addition. Ils nous disent 'on est six'… ils prennent trois plats
, témoigne Lucas Renou, directeur du restaurant tourangeau La Manufacture, soulignant que ces tables bloquent une table alors qu’il y a une table de six qui attend derrière, et que les clients de cette table prendraient six plats.
Il y en a qui prennent un plat pour deux, souvent, une pizza pour deux
Lucas Renou, directeur du restaurant tourangeau La Manufacture
D’autres clients optent pour des menus enfants commandés par des adultes, ou suppriment purement et simplement le dernier poste de la facture. Sur l’addition, le dessert est souvent pointé du doigt : Malheureusement, oui, sur la note, c'est le dessert qui grimpe énormément
, confie une cliente attablée dans la vieille ville de Tours.
Les restrictions s’étendent du vin aux bouteilles
À Dieppe comme à Tours, les consommateurs scrutent les prix et regardent ce qui entre dans le budget qu’ils se sont fixé. À Dieppe, un restaurateur confie que ses clients regardent ce qui entre dans le budget qu'ils se sont fixé. Finies les bouteilles de vin, ils commandent un verre
. D’autres trentenaires rencontrés à Dieppe disent préférer grignoter sur le pouce pour ne pas trop dépenser
tout en concédant : Il y aura tout de même un restaurant pendant le séjour.
À l’opposé, un touriste belge au micro de France 3 Normandie assume : Quand je vais au restaurant, c'est que j'ai vraiment envie d'y aller. Je vérifie que les prix ne soient pas exagérés bien sûr, mais ce n'est pas un critère primordial.
Pour faire face à cette contraction des dépenses, la période pousse les acteurs à s’adapter. Dans la vieille ville de Tours, des menus moins chers, aux portions plus petites, s’affichent sur les devantures, par exemple quinze euros pour entrée, plat et dessert. En face, une crêperie mise sur la vente à emporter, tandis que d’autres établissements tentent d’attirer le public avec des menus anti-crise.
L’impact sur l’activité des professionnels et le cadre juridique des menus
Cette baisse générale de la fréquentation fragilise l’ensemble de la filière. Le président de l’UMIH Restauration, Franck Chaumès, évoque sur France 5 des reculs de fréquentation de 20 à 30 % et alerte sur près de 25 restaurants qui ferment chaque jour, malgré les menus anti-crise et la vente à emporter. Certains établissements peinent déjà à payer charges, matières premières et employés.

Face à des tables peu, voire pas rentables, la question des règles appliquées aux clients se pose. Un restaurant peut-il refuser l’accès ou limiter certaines commandes ? Non, à moins que les règles du jeu ne soient écrites noir sur blanc sur la carte, pour le menu enfant par exemple. Nous, c'est bien stipulé, 'jusqu'à douze ans, boisson non comprise'
, rappelle Lucas Renou. Un restaurateur garde ainsi le droit de refuser un adulte si la limite d’âge est clairement spécifiée, de même qu’un établissement peut exiger un minimum de consommation, mais seulement si la règle est clairement affichée.