Aux États-Unis, la participation au marché du travail a chuté en juin 2026 à son niveau le plus bas depuis mars 2021, s’établissant à 61,5%.
Un repli de l’emploi inédit depuis mars 2021
Le mois de juin 2026 a marqué un tournant inquiétant pour l’économie américaine. Environ un million de travailleurs ont quitté le marché du travail au cours de la dernière année, et les estimations du ministère du Travail indiquent que 720,000 personnes ont déserté les rangs de l’emploi rien qu’au mois de juin. Le taux de participation au marché du travail, qui mesure la proportion de personnes de 16 ans et plus en activité ou en quête d’un poste, a glissé à 61,5%. Si l’on écarte les creux exceptionnels de la pandémie de COVID-19, ce pourcentage représente le plancher le plus bas observé depuis cinq décennies.
Pourtant, le taux de chômage a légèrement fléchi, passant de 4,3% à 4,2%. Mais ce chiffre, qui aurait pu passer pour une embellie, cache une réalité plus sombre. Daniel Zhao, économiste en chef chez Glassdoor, a souligné dans une note de conjoncture que cette baisse du chômage survient pour les mauvais raisons, le recul étant imputable au découragement des demandeurs d’emploi plutôt qu’à une réelle dynamique de embauches.
Le fossé des causes : entre épuisement de la recherche et rachats de 401(k)
Face à cette hémorragie, les experts peinent à s’accorder sur les moteurs profonds de ces départs. D’un côté, la robustesse du marché boursier en 2026 permet aux travailleurs les plus âgés de se tourner vers la retraite avec sérénité. Le taux de participation des personnes de 55 ans et plus est ainsi tombé à 37,1%, touchant un creux sur 21 ans. Bill Adams, économiste en chef américain chez Comerica Bank, note que la flambée des marchés financiers incite de nombreux Américains détenteurs de plans d’épargne retraite à quitter prématurément la vie active.
D’un autre côté, cette explication ne suffit pas à rendre compte de la baisse du taux d’activité dans la tranche des 25 à 55 ans. Nicole Bachaud, économiste chez ZipRecruiter, relaye la lassitude de chômeurs de longue date, épuisés par une année 2025 marquée par une faiblesse historique des embauches. Michele Evermore, membre senior du National Employment Law Project, abonde dans le même sens, qualifiant la recherche d’emploi de véritable casse-tête en 2026 face à des exigences patronales en mutation sous l’effet de l’intelligence artificielle.
Bill Adams avertit que la contraction de la main-d’œuvre menace directement la croissance à long terme des États-Unis, la composante liée à l’augmentation du volume global de travail marquant le pas par rapport aux gains de productivité.
Le poids des mandats de retour au bureau et des coûts de soins
L’exode des travailleurs touche également de plein fouet les femmes et les foyers confrontés à l’explosion des frais de garde d’enfants. Jasmine Tucker, vice-présidente de la recherche au National Women’s Law Center, explique que la généralisation des exigences de retour au bureau par les entreprises pousse souvent les familles à arbitrer en faveur du conjoint percevant le salaire le plus faible, creusant les inégalités salariales. Michele Evermore pointe en outre la rigidité des employeurs face aux salariés en situation de handicap, privés de la possibilité d’exercer en télétravail.
Le débat législatif sur l’heure d’été permanente
Dans ce climat d’incertitude économique et sociale, le Congrès américain s’écharpe sur un autre serpent de mer institutionnel : l’harmonisation de l’heure. La Chambre des représentants a voté en faveur de la suppression du changement d’heure biannuel pour entériner l’heure d’été de manière définitive. Toutefois, le Sénat reste profondément divisé sur la question. Comme l’a rappelé une couverture d’Al Jazeera, les États-Unis ont déjà tenté cette transition par le passé avant de faire machine arrière en urgence, illustrant la persistance des divisions politiques autour de l’organisation du temps quotidien.
