Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a remporté les élections législatives du 8 juin 2026 avec son parti Contrat civil, obtenant 49,81 % des suffrages. Cette victoire confirme le pivot géopolitique de l’Arménie, qui s’éloigne de l’influence russe pour se rapprocher de l’Union européenne et des États-Unis malgré les pressions de Moscou.
Le verdict des urnes et le poids du Contrat civil
Les chiffres sont sans appel. Avec 727 160 voix, le parti Contrat civil a dominé le scrutin, selon les données de la Commission électorale centrale relayées par Courrier international. Le taux de participation s’est établi à 59 %.

L’opposition, bien que battue, conserve une présence. Le mouvement Arménie forte, porté par l’homme d’affaires Samvel Karapetian, arrive en deuxième position avec 23,29 % des voix, suivi de la formation de l’ancien président Robert Kotcharian à 9,94 %. Ces scores permettent aux deux partis d’intégrer la future assemblée, mais ne remettent pas en cause la domination de Pachinian.
Nikol Pachinian a qualifié ce résultat d’« une victoire historique ». Pour l’ex-journaliste de 51 ans, ce mandat est un blanc-seing pour poursuivre sa stratégie de rupture avec les anciennes élites post-soviétiques et accélérer l’intégration du pays dans l’orbite occidentale.
L’arsenal russe : entre désinformation et pressions économiques
Moscou n’a pas laissé faire. Pour contrer l’ascension de Pachinian, la Russie a déployé un dispositif d’agitation et de propagande massif. Comme le rapporte Le Grand Continent, l’ingérence a mobilisé une palette complète de services : le Service de renseignement extérieur, le FSB opérant sous couverture diplomatique à l’ambassade, ainsi que l’agence Rossotrudnichestvo.

Sur le terrain numérique, les cellules Storm 15-16 ont produit des deepfakes visant à présenter le Premier ministre comme un traître, notamment en jouant sur sa gestion du génocide arménien de 1915. L’objectif était clair : isoler Pachinian en lui suggérant que « sans nous, vous êtes seuls ».
L’offensive russe ne s’est pas limitée aux réseaux sociaux. Moscou a utilisé des leviers économiques concrets, notamment en imposant des restrictions sur les importations de produits agricoles arméniens. Cette pression financière visait à influencer les électeurs en faveur de l’opposition, un constat validé par les observateurs de l’OSCE.
L’ambition européenne face au « scénario ukrainien »
Le cœur du conflit réside dans la volonté de l’Arménie de demander son adhésion à l’Union européenne. Un tel mouvement impliquerait une rupture automatique avec l’Union économique eurasiatique, l’organisation dominée par le Kremlin. Pour Vladimir Poutine, ce basculement est inacceptable.
Le président russe a explicitement mis en garde Erevan contre la répétition du « scénario ukrainien », sous-entendant qu’une réorientation géopolitique brutale pourrait mener à un conflit armé. Cette menace pèse lourdement sur un pays déjà marqué par la perte du Haut-Karabagh en septembre 2023.
Face à ces intimidations, le soutien occidental s’est intensifié. Selon Orange Actualités, Ursula von der Leyen a affirmé que l’UE était « aux côtés de l’Arménie », tandis qu’Emmanuel Macron a réitéré son souhait d’accompagner le rapprochement avec l’Europe.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a également salué le choix de la démocratie par le peuple arménien, malgré une « pression énorme ».
Une victoire contestée et une justice sélective
Si le résultat est net, la légitimité du processus est attaquée de l’intérieur. Samvel Karapetian, leader d’Arménie forte et assigné à résidence depuis 2025 pour des accusations de complot qu’il rejette, a qualifié ces législatives de « honteuses ». Il dénonce une répression systématique de son équipe.

L’OSCE a apporté une nuance critique à l’ensemble du scrutin. Si les électeurs ont eu un « véritable choix », l’organisation a noté que la concentration des poursuites pénales contre les figures de l’opposition a nourri une perception de « justice sélective ».
Le bilan judiciaire du scrutin est déjà lourd :
- 59 enquêtes pénales ouvertes par le Comité d’enquête arménien pour violations électorales.
- 9 personnes placées en détention.
- Des accusations d’usurpation du pouvoir et de pressions sur la Commission électorale portées par l’opposition.
Le parti Arménie forte capitalise sur la blessure réelle du Haut-Karabagh pour accuser Nikol Pachinian de trahison et de capitulation face à Bakou. Ce récit, alimenté par le soutien affiché de Washington et Paris, transforme le débat politique en un affrontement idéologique entre l’Occident et la Russie.
L’Arménie sort de ce scrutin avec un mandat clair pour s’émanciper de l’empire russe, mais elle le fait dans un contexte de vulnérabilité extrême. Avec un pouvoir exécutif renforcé mais une opposition blessée et radioactive, Pachinian devra naviguer entre ses promesses de rapprochement européen et la réalité des leviers de pression que Moscou conserve encore sur Erevan.
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