Jean-Luc Mélenchon a proposé d’effacer des centaines de milliards d’euros de dette publique française en demandant à la Banque centrale européenne de geler les titres d’État. Cette idée, formulée lors des universités d’été près de Valence, a provoqué de vives critiques au sein de la classe politique et de l’exécutif.
La question de la dette publique française s’est invitée au centre du débat politique à l’occasion des universités d’été du mouvement La France insoumise, tenues près de Valence dans la Drôme. Jean-Luc Mélenchon a relancé un projet économique radical pour alléger les finances nationales, suggérant de neutraliser une partie des engagements financiers de l’État. La Banque centrale européenne peut et doit mettre au congélateur les dettes des États, en commençant par celle de la période Covid
, a déclaré le candidat de la gauche radicale à l’élection présidentielle de 2027.
Ce positionnement prolonge des déclarations antérieures formulées par le leader insoumis, qui avait déjà évoqué l’idée de confisquer les titres de dette pour les foutre au feu
. Derrière cette formule choc se cache un montant considérable estimé entre 600 et 635 milliards d’euros, correspondant à la part de la dette française détenue par la Banque de France, soit environ entre 18 et 20 % de l’ensemble des obligations publiques du pays, selon les données chiffrées rapportées par les analyses économiques consacrées au sujet.
Les réactions indignées de la classe politique et du gouvernement
Les prises de position du chef de file insoumis ont immédiatement enflammé le débat public et provoqué une série de réactions acerbes parmi les responsables politiques et gouvernementaux. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a ironisé sur la méthode tout en rejetant le fond de la proposition, estimant que l’auteur de la mesure raconte n’importe quoi malgré son brio.
Du côté de l’opposition et de la majorité présidentielle, les condamnations se sont multipliées à travers les réseaux sociaux. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a fustigé l’initiative en affirmant qu’il n’y a pas d’argent magique et que ce plan ne soulagerait en rien les finances publiques. Une passe d’armes verbale s’est également nouée entre Jean-Luc Mélenchon et le premier ministre Sébastien Lecornu, ce dernier qualifiant la démarche d’escroquerie à l’état pur. Gabriel Attal, candidat de la formation présidentielle Renaissance pour l’échéance de 2027, a quant à lui estimé que cette vision démontrait une volonté manifeste de ruiner le pays.
La bataille culturelle de Matthieu Pigasse face aux économistes orthodoxes
Pour défendre ce projet, le mouvement de gauche a pu compter sur le soutien du banquier Matthieu Pigasse. Intervenant lors des universités d’été, le millionnaire a validé ce tour de passe-passe en affirmant que la dette publique peut être annulée, comme l’a dit Jean-Luc, sans aucun impact économique et sans aucun impact financier
, ainsi que le rapporte la couverture spécialisée de la presse économique.

Cette intervention s’inscrit dans le cadre d’une offensive idéologique plus large menée contre les schémas économiques traditionnels.
L’obstacle juridique de la zone euro et la réalité de la Banque de France
Sur le plan technique et macroéconomique, les spécialistes tempèrent fortement la portée de ces annonces. Concernant la fraction de la dette gérée par la Banque centrale européenne, une annulation unilatérale paraît irréalisable. Les décisions requièrent l’assentiment des vingt autres pays partageant la monnaie unique, dont une large majorité respecte les seuils budgétaires européens. Avec un déficit public s’établissant à 5,1 %, la France présente l’un des pires indicateurs de la zone euro, ce qui rend improbable l’acceptation d’un tel passe-droit par les partenaires européens vertueux.
Quant à la portion de la dette détenue par la Banque de France, si l’opération d’effacement s’avère techniquement envisageable, son utilité réelle est contestée par les experts. Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques, souligne qu’en rayant cette dette, l’État supprime du même coup son remboursement et les intérêts correspondants initialement reversés au Trésor français. Il s’agit d’un jeu à somme nulle qui affaiblit le bilan de la Banque de France en le privant d’un actif essentiel, sans compter le risque de susciter la défiance des marchés financiers internationaux.