Le président américain Donald Trump a signé un décret pour rebaptiser le lac Ontario « lac Amérique », en pleine escalade des tensions commerciales avec Ottawa. Alors que Washington tente d’imposer unilatéralement cette nouvelle appellation, les autorités canadiennes rejettent catégoriquement cette décision, rappelant que les traités et les faits géographiques demeurent inchangés.
La confrontation entre les États-Unis et le Canada a pris une tournure toponymique inattendue. Dans le sillage de l’échec des négociations commerciales entre Ottawa et Washington, le président américain a affirmé que son administration envisageait sérieusement de modifier le nom du lac Ontario par « Lake America », tout en indiquant qu’il ne s’attendait plus à mener beaucoup d’affaires avec la province canadienne. Cette sortie verbale s’est concrétisée par la suite par un décret présidentiel, rapidement doublé d’une campagne de communication excentrique sur les réseaux sociaux.
Décret unilatéral et propagande numérique autour du « lac Amérique »
Sur sa plateforme Truth Social, Donald Trump a diffusé une vidéo générée par l’intelligence artificielle montrant des bernaches armées de mitraillettes, arborant une chevelure évoquant le président américain, en train d’« envahir » le plan d’eau désormais appelé « lac Amérique » par décret présidentiel. Cette offensive visuelle s’inscrit dans une obsession récurrente du dirigeant pour la réappropriation symbolique de la carte géographique.
Ce mode opératoire rappelle la décision prise dès son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, lorsqu’il avait signé un décret pour remplacer officiellement le nom de « Gulf of Mexico » par « Gulf of America » dans l’usage fédéral américain, ainsi que ses velléités passées concernant le mont Denali ou le bassin du Lincoln Memorial. Comme l’observe un chroniqueur régional, ces manœuvres traduisent la volonté constante du chef d’État d’imposer une marque nationaliste sur des repères toponymiques reconnus à l’échelle internationale.
La réaction ferme d’Ottawa et l’origine wendate du nom Ontario
Du côté canadien, la réponse ne s’est pas fait attendre. En conférence de presse à Ottawa, la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a opposé une fin de non-recevoir catégorique à cette tentative de modification : Nous l’appellerons toujours le lac Ontario. Point final.
Le premier ministre canadien, Mark Carney, a également souligné l’ancrage historique profond du site en rappelant que le toponyme provient du mot wendat Ontari’io
, signifiant que le lac est grand et beau. M. Carney a affirmé sur les réseaux sociaux que Les Canadiennes et les Canadiens savent aussi qu’il faut appeler les choses par leur nom, et ce lac se nomme lac Ontario – aujourd’hui et pour toujours
, ainsi que le rapporte le portail d’information Lesasdelinfo.


Cette tension verbale s’inscrit dans un climat politique particulièrement houleux, marqué par des échanges acérés entre Donald Trump et le premier ministre ontarien, Doug Ford. Ce dernier n’avait pas mâché ses mots en qualifiant le président américain d’intimidateur
et de roi des faillites
, tandis que Washington répliquait en qualifiant le premier ministre canadien de governor Carney
et en évoquant l’idée d’un 51e État.
Portée juridique et limites du décret de Washington
Sur le plan du droit international et de la toponymie, les experts rappellent que la portée d’un tel décret reste strictement limitée. Interrogée à ce sujet, Geneviève Dufour, professeure titulaire à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa et spécialiste du droit international, tranche sans équivoque : Dans la portion canadienne, il ne peut pas changer le nom
, ainsi que le relate le quotidien La Voix de l’Est. La juriste précise que si Washington peut légitimement employer l’appellation de son choix dans ses propres documents administratifs fédéraux et sur son territoire, cela ne confère aucun pouvoir sur la portion canadienne du plan d’eau.

Aucun traité international n’impose l’utilisation d’un nom unique, et ces accords se limitent à encadrer la gestion conjointe des lacs, la navigation, les conditions de pêche ou les fonctions douanières. Une entente approuvée par le Canada en 1986 favorise pourtant une coordination entre les autorités toponymiques des deux pays pour les lieux transfrontaliers, mais une action unilatérale se heurte rapidement à la réalité des acteurs privés, qu’il s’agisse des entreprises de navigation ou des compagnies pétrolières qui exigent des repères géographiques stables et partagés de part et d’autre de la frontière.