Édition française
En continu
---Advertisement---

Nouvelles

Guinée : la société civile exige une enquête indépendante sur six corps découverts

Six corps d'hommes aux mains ligotées et aux yeux bandés ont été découverts le 24 août 2026 dans une forêt de la préfecture de Forécariah en Guinée.

Guinée : la société civile exige une enquête indépendante sur six corps découverts

Six corps d’hommes aux mains ligotées et aux yeux bandés ont été découverts le 24 août 2026 dans une forêt de la préfecture de Forécariah en Guinée.

Forécariah

La macabre découverte a été faite le lundi 24 août par des jeunes, partis ramasser du bois de chauffe dans une forêt de la sous-préfecture d’Allassoyah, préfecture de Forécariah, en Basse-Guinée. Les dépouilles, au nombre de six, présentaient des signes évidents de mauvais traitements, les victimes ayant les mains ligotées et les yeux bandés selon les informations diffusées par la BBC. Les autorités locales et le procureur de la République se sont rendus sur les lieux, tandis que le parquet de Forécariah a ouvert une enquête pour élucider les faits.

Glenn Salic

Interrogé par la BBC, le colonel Mory Kaba, porte-parole du ministère de la Sécurité et de la Protection civile, a déclaré avoir « appris la nouvelle sur les réseaux sociaux, et depuis, aucune information supplémentaire n’a été communiquée ». De son côté, la diplomatie française a réagi lors d’un point presse en ligne où le porte-parole adjoint du quai d’Orsay, Glenn Salic, s’est exprimé à l’écrit. « La France fait part de sa vive émotion à la suite de la découverte de six corps dans une fosse commune », a indiqué le diplomate français avant d’ajouter que la France « appelle à ce que l’enquête qui a été ouverte par la justice guinéenne soit menée en toute indépendance et en toute transparence ».

Forces Vives de Guinée

Face à la gravité des faits, les condamnations et les demandes de lumière se multiplient au sein des mouvements citoyens et des partis politiques. Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), mouvement citoyen regroupant partis politiques, syndicats et associations, a publié un communiqué signé le 26 août pour réclamer des autopsies médico-légales et des comparaisons ADN menées par des experts indépendants. Les avocats du mouvement insistent sur la nécessité d’une rupture totale avec l’opacité qui entoure souvent ce type de dossier.

Le collectif Tournons La Page Guinée a exhorté les autorités à fournir régulièrement des informations aux familles et au public, au fur et à mesure que l’enquête avance. Dans le même sens, les Forces Vives de Guinée, dans un autre communiqué daté du 26 août, demandent l’implication des familles des victimes de disparitions forcées dans le processus d’identification des corps, de mettre la lumière sur les circonstances de leur mort et de poursuivre les éventuels auteurs ainsi que toute personne impliquée dans la commission de cette affaire macabre. Ces organisations en appellent également à l’ONU, à la communauté internationale et d’ONG internationales pour garantir la transparence de l’enquête.

Le lourd précédent des disparitions forcées en Guinée

Oumar Sylla

Pour plusieurs mouvements de la société civile, la junte au pouvoir serait responsable de ces atrocités. Pour les Forces Vives de Guinée notamment, « la proximité de la fosse commune avec le camp militaire de Kalea, occupé par les Forces Spéciales, atteste que ces corps sont ceux de victimes innocentes de la politique liberticide de la junte ». Des propos corroborés par le FNDC, qui soutient que ce mode opératoire décrit, en l’occurrence celui des victimes ligotées et privées de la vue avant leur mise à mort ne serait pas nouvelle dans cette même zone. Le groupe avance alors l’hypothèse, quoi que pas encore vérifiée à ce stade, mais qui ne saurait être écartée, « d’une exécution extrajudiciaire visant des personnes considérées comme des opposants au pouvoir en place », n’excluant donc pas la probabilité que les corps découverts à Forécariah soient ceux de personnes portées disparues pour des motifs politiques. Parmi les disparus cités figurent Oumar Sylla, alias Foniké Menguè, et Mamadou Billo Bah, deux figures du FNDC arrêtées le 9 juillet 2024 et introuvables depuis.

Guinée : six corps découverts dans une fosse commune à Forécariah
Main d’une personne morte enterrée dans le sable
Photo: BBC

Amnesty International avait déjà dénoncé « l’extrême gravité du crime de disparition forcée qu’aucune circonstance, même exceptionnelle, ne saurait justifier ». Un autre cas est rappelé : celui d’Abdoul Sacko, Coordinateur du Forum des Forces Sociales, enlevé et torturé à Forécariah avant d’être retrouvé vivant par des agriculteurs. Les collectifs rappellent aussi qu’en octobre 2025, quatre à cinq corps avaient été découverts dans la même préfecture. Les victimes de l’époque n’ont toujours pas été identifiées et certaines familles attendent toujours des réponses, alors que depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, la Guinée est dirigée par une junte militaire conduite par le colonel Mamadi Doumbouya, devenu général et élu président en décembre 2025.

Guinée : six corps découverts dans une fosse commune à Forécariah

Join WhatsApp

Join Now

Join Telegram

Join Now

Laisser un commentaire

À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.