Deux cadres de la Direction des ressources humaines du ministère de la Santé et de l’Action sociale ont été interpellés par la Division des investigations criminelles pour un détournement présumé portant sur une somme estimée à 390 millions de francs CFA, un système frauduleux actif depuis 2021.
Une vérification interne menée au sein du département ministériel a mis au jour un réseau de paiements fictifs ciblant les allocations de stage d’étudiants en fin de parcours médical. L’affaire, transmise à la justice, met en cause deux responsables administratifs identifiés par la presse locale comme Pape Abdourahmane Diakhaté et Alioune Sy, respectivement gestionnaire à la Direction des ressources humaines et adjoint au chef de la Division de la formation initiale.
Le signalement des étudiants et la découverte des anomalies financières
L’enquête a débuté après plusieurs réclamations d’étudiants en septième année de médecine concernant le versement de leurs allocations, fixées à 240 000 francs CFA tous les quatre mois et réglées par transfert d’argent mobile. Face à ces dysfonctionnements répétés, le nouveau gestionnaire entré en fonction au mois de juin 2025 s’est rapproché d’Orange Finance Mobile Sénégal pour analyser les états de paiement couvrant la période du 29 avril 2021 au 17 juillet 2026.
L’examen minutieux des fichiers a révélé que plusieurs numéros de téléphone inscrits parmi les bénéficiaires ne correspondaient à aucun étudiant inscrit. Plus troublant encore, les enquêteurs ont constaté que les numéros personnels des deux agents mis en cause figuraient également dans les listings de versement, selon les premiers éléments recueillis par la Division des investigations criminelles.
Un circuit de détournement basé sur des comptes de proches
Le stratagème s’appuyait sur un réseau d’intermédiaires recrutés parmi les proches des suspects. Plus d’une dizaine de numéros de téléphone appartenant à des membres de familles ou à des relations ont été intégrés aux états de décaissement du Trésor public. Entendus par la police, ces intermédiaires ont confirmé avoir reçu des transferts libellés au nom du ministère avant de retirer les espèces pour les restituer intégralement aux deux cadres de la DRH.

Confrontés aux relevés financiers, les deux fonctionnaires ont reconnu les faits devant les enquêteurs. Les investigations font état de versements perçus directement sur les numéros personnels des suspects, atteignant des montants individuels de 81 488 220 francs CFA pour l’un et de 12 240 000 francs CFA pour l’autre, en plus des sommes transitant par les comptes des tiers.
Dépenses personnelles et justificatifs absents devant la justice
Interrogés sur la destination finale des sommes détournées — évaluées provisoirement à 390 millions de francs CFA selon certaines sources de l’enquête, tandis qu’un montant partiel de 178.689.180 FCFA a été documenté dans un premier temps —, les mis en cause ont avancé avoir affecté l’argent à des actions sociales menées dans leurs localités de Grand-Dakar et de Mbao.

Ils ont également invoqué le financement de réparations de véhicules administratifs, le paiement de dépenses de fonctionnement pour leurs services ainsi que le règlement d’allocations pour des étudiants dont les comptes avaient atteint leur plafond. Invités à fournir des pièces justificatives pour appuyer ces déclarations, les deux fonctionnaires n’ont pu présenter aucun document probant.
Placés en garde à vue à la Division des investigations criminelles pour association de malfaiteurs, détournement de deniers publics, faux et usage de faux et blanchiment de capitaux, les deux agents doivent désormais être déférés devant le Parquet financier pour la suite des procédures judiciaires.