La cheffe caquiste Christine Fréchette s’impose sur leur terrain économique, tandis que leur propre chef, Charles Milliard, peine à s’imposer comme l’alternative crédible face au Parti Québécois.
La campagne électorale s’annonce particulièrement difficile pour le Parti libéral du Québec. Une semaine après le lancement officiel du scrutin, le moral est en berne au sein de la formation politique. De l’avis de plusieurs candidats et organisateurs qui se sont confiés au Bureau parlementaire du Journal de Montréal, la stratégie de la cheffe de la Coalition Avenir Québec, Christine Fréchette, perturbe profondément leurs plans.
L’offensive économique de Christine Fréchette et l’ombre de Mark Carney
L’une des sources majeures de cette fébrilité politique provient des mouvements de la CAQ sur le flanc économique. La présence remarquée du premier ministre Mark Carney aux côtés de Christine Fréchette au début de la campagne a considérablement pesé sur le moral des troupes libérales. Les deux politiciens ont officialisé une entente historique assortie d’investissements records, prolongeant un rapprochement amorcé dès le mois de juin avec un accord de dix milliards de dollars destiné aux infrastructures prioritaires québécoises.
Cette complicité affichée suscite des interrogations directes au sein du parti. La succession d’événements a créé une onde de choc chez les candidats
, confie l’un d’entre eux, rapportant un sentiment diffus que le Parti libéral du Canada soutiendrait davantage la CAQ que le Parti libéral du Québec. Selon cette lecture, l’exécutif fédéral identifierait chez la cheffe caquiste un potentiel supérieur pour endiguer la poussée souverainiste de Paul St-Pierre Plamondon.
Le déficit de visibilité et les interrogations autour de Charles Milliard
Face à cette machine adverse bien rodée, le chef libéral Charles Milliard souffre d’un déficit de notoriété manifeste. Plusieurs aspirants députés admettent publiquement leur désarroi face à l’absence perçue d’une vision claire ou d’une ligne directrice tranchée. Tandis que les électeurs mesurent leurs options face aux sondages, le PLQ peine à s’affirmer comme le rempart naturel contre le Parti Québécois.

La situation est d’autant plus complexe que la gestion de l’équipe libérale elle-même connaît des secousses internes. Avant même le déclenchement des hostilités électorales, Charles Milliard a dû écarter un huitième candidat confirmé. Le chef a ainsi retiré son investiture à Étienne Pineau Saindon dans la circonscription de Rimouski en raison d’informations inquiétantes et d’allégations personnelles sérieuses.

J’ai été informé d’informations inquiétantes.
Selon les informations recueillies par La Presse, le candidat évincé s’était présenté de manière inopinée à l’assemblée d’investiture de son rival péquiste, allant jusqu’à tenter d’interrompre le chef du Parti québécois avant d’être escorté hors de la salle. Malgré ces turbulences, Charles Milliard a tenu à réitérer sa confiance envers son équipe de validation, tout en concédant que l’exercice politique demeure un parcours semé d’embûches à l’ère numérique.
Entre espoir d’un rebond stratégique et appel au réveil face au bilan caquiste
Malgré ce climat d’inquiétude, une frange de l’organisation libérale demeure optimiste. Certains estiment que les appels répétés de Christine Fréchette au vote stratégique dès le début de la course trahissent une certaine fébrilité. Les stratèges du parti espèrent que les prochaines semaines permettront à Charles Milliard de rectifier le tir grâce à une stratégie en crescendo et à des propositions programmatiques plus incisives.
Pour de nombreux militants, la clé réside dans la capacité de leur chef à rappeler aux électeurs le bilan de huit années de gouvernance caquiste, un passif que la récente gestion des différends tarifaires avec Donald Trump a parfois relégué au second plan dans l’esprit public. Les libéraux comptent sur ce rappel pour raviver le mécontentement populaire envers ce qu’ils qualifient de mauvaise gestion.