La rentrée s’annonce tendue à Le Figaro alors que Gérald Darmanin fait face à un front commun inédit. L’Union syndicale des magistrats, présidée par Ludovic Friat, s’est alliée au syndicat des commissaires de police pour exprimer leur solidarité avec les acteurs de la chaîne pénale, et plus particulièrement les enquêteurs. Dans un courrier adressé ce jeudi au garde des Sceaux, ces derniers reprochent au ministre de stigmatiser les professionnels à la suite de l’affaire Lyhanna.
Une fronde inédite des magistrats et des commissaires de police
Cette levée de boucliers intervient après la révélation d’une note de douze pages envoyée fin juillet par Gérald Darmanin à son homologue de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Ce document pointe du doigt la responsabilité de la police dans la gestion des agressions sur mineurs, évoquant des dysfonctionnements structurels liés aux moyens, à la formation, aux outils et au pilotage. Les réactions syndicales n’ont pas tardé, qualifiant la missive de réquisitoire anti-police et dénonçant une opération de communication à moins de huit mois de l’élection présidentielle.
La polémique autour des « dossiers fantômes » et la réponse de Laurent Nuñez
Au cœur des crispations se trouve la notion de « stock fantôme », désignant des dossiers non répertoriés par la justice faute d’avoir été transmis par les enquêteurs. Invité sur RTL, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a catégoriquement écarté l’existence de tels dossiers, qualifiant la note de « document de travail qui n’avait pas vocation à être diffusé ». Selon lui, ce n’est pas parce que des pièces se trouvent dans les services de police ou de gendarmerie qu’elles n’ont pas été enregistrées dans le système informatique de la justice.

Laurent Nuñez a également réfuté les accusations visant le prétendu manque de formation ou d’implication des agents, estimant qu’un certain nombre de griefs faits aux forces de sécurité intérieure ne sont absolument pas légitimes. Le ministre de l’Intérieur a promis de répondre point par point et par écrit à Gérald Darmanin, dont les services avaient proposé une réunion de travail fixée au 3 septembre mais finalement reportée. Par ailleurs, concernant l’examen des 88 000 procédures de violences sexuelles sur mineurs demandé par la Place Vendôme, Laurent Nuñez a prévenu que cette priorité absolue ne « pourrait pas durer » indéfiniment en raison des autres contentieux à traiter.
Un impact durable sur l’investigation et un climat social sous tension
Du côté des forces de l’ordre, le climat est décrit comme chauffé à blanc. Selon letelegramme.fr, les enquêteurs se sentent cloués au pilori par ce qu’ils considèrent comme une mise en cause injuste, d’autant que l’affaire Lyhanna concernait initialement les gendarmes et les magistrats. Les syndicats policiers, à l’instar d’Alliance et d’Un1té Police FO, expriment leur scepticisme quant à l’issue de ces différends institutionnels, tandis que l’Association nationale de police judiciaire (ANPJ) fustige l’attitude du garde des Sceaux.
Cette crise met en lumière des tensions plus larges concernant la réforme de la police nationale mise en place par Gérald Darmanin et élaborée par Laurent Nuñez. Alors que les services s’attellent à vérifier les chiffres avancés dans la note, les perspectives budgétaires actuelles laissent entrevoir des marges de manœuvre très réduites pour répondre aux exigences de moyens formulées par les différents acteurs de terrain.