La comète interstellaire 3I/ATLAS, détectée en juillet 2025, se révèle exceptionnellement riche en méthanol et en azote selon de récentes observations astronomiques. Les chercheurs indiquent que cet visiteur glacé s’est formé dans des conditions extrêmement froides, fournissant de nouvelles données sur la formation planétaire hors de notre système solaire.
Depuis son passage remarqué à proximité de la Terre et sa boucle autour du Soleil, la comète 3I/ATLAS continue de captiver la communauté scientifique. Il s’agit du troisième objet interstellaire jamais détecté par les astronomes, après les passages de ‘Oumuamua en 2017 et de Borisov. Les campagnes d’observation menées à travers le monde ont permis de lever le voile sur sa composition chimique hors norme.
Des conditions de formation glaciales révélées par le télescope William Herschel
Une équipe de chercheurs a analysé les gaz ionisés émis par 3I/ATLAS alors que l’astre émergeait de derrière le Soleil. Les résultats de ces travaux ont été publiés dans le Monthly Notices of the Royal Astronomical Society. En utilisant le spectrographe WEAVE (WHT Enhanced Area Velocity Explorer), un nouveau spectrographe multi-objets monté sur le télescope William Herschel (WHT) de 4,2 mètres de l’Isaac Newton Group (ING), les scientifiques ont identifié simultanément cinq types d’ions dans le flux de la comète : le diazote (N2), le monoxyde de carbone (CO+), le dioxyde de carbone (CO2+), l’eau (H2O+) et des hydrocarbures (CH+).
En combinant la spectroscopie LIFU (Large Integral Field Unit) de WEAVE avec les nouvelles capacités de guidage du WHT, et en mesurant précisément le ratio entre le diazote et le monoxyde de carbone, l’équipe a calculé que l’objet s’est formé dans des conditions glaciales inférieures à -240°C (-400 °F). Cette particularité suggère une genèse loin de son étoile dans le bord distant et glacé de son système solaire – similaire à des objets dans la Ceinture de Kuiper ou le Nuage d’Oort de notre propre Système Solaire.
Dr. Léa Ferellec, Research Fellow à la School of Engineering, Physics and Mathematics de l’Université de Northumbria et auteure principale de l’étude, a expliqué dans un communiqué de presse de la Royal Astronomical Society (RAS) que cet objet leur offrait une occasion rare d’étudier de la matière qui s’était formée dans un endroit totalement différent de notre propre Système solaire, et que le fait de constater qu’il était si riche en azote indiquait qu’il s’était probablement formé dans des conditions extrêmement froides, loin de son étoile d’origine, tout en ajoutant que chacun de ces objets étudiés nous aidait à comprendre un peu mieux comment les planètes se forment autour d’autres étoiles.
Nathan Roth, de l’American University, a indiqué que l’observation de 3I/ATLAS équivalait à prélever une empreinte digitale provenant d’un autre système solaire.
Une abondance anormale de méthanol mise en évidence par ALMA
National Science Foundation National Radio Astronomy Observatory (NSF NRAO) est partenaire, ont révélé une concentration surprenante en méthanol. Nathan Roth, auteur principal de cette recherche et professeur à American University, partage que les détails révèlent de quoi il est fait, et qu’il regorge de méthanol d’une manière que nous ne voyons tout simplement pas habituellement chez les comètes de notre propre système solaire. Les mesures indiquent que la quantité de méthanol dépasse nettement celle observée dans la quasi-totalité des comètes de notre propre système solaire.

L’équipe de recherche a utilisé l’Atacama Compact Array d’ALMA au Chili pour observer 3I/ATLAS à plusieurs dates fin 2025 alors qu’elle s’approchait du Soleil. Les scientifiques se sont concentrés sur les signatures submillimétriques de deux molécules : le méthanol (CH3OH) et le cyanure d’hydrogène (HCN). Les observations ont établi des rapports entre le méthanol et le cyanure d’hydrogène oscillant autour de 70 et 120 sur deux dates d’observation, plaçant 3I/ATLAS parmi les comètes les plus riches en méthanol jamais étudiées. De plus, les observations antérieures avec le télescope spatial James Webb avaient révélé une chevelure dominée par le dioxyde de carbone alors qu’elle était encore loin du Soleil, tandis que les mesures d’ALMA ajoutent désormais un méthanol abondant.
Une fenêtre d’observation unique et l’avenir de la recherche interstellaire
Contrairement aux précédents visiteurs interstellaires, 3I/ATLAS a été découvert par le relevé ATLAS en été 2025, alertant les astronomes alors qu’un objet inconnu traversait le ciel. Alors que le premier objet interstellaire, ‘Oumuamua, a été trouvé par le même type de télescope et que le second, 2I/Borisov, a été découvert par un astronome amateur, 3I/ATLAS est devenu le troisième objet interstellaire jamais découvert après l’analyse de son orbite.

Durant son passage, l’humanité a mobilisé ses meilleurs instruments d’observation. Des observatoires puissants comme les télescopes spatiaux Hubble et James Webb ont capté des images de 3I/ATLAS, tandis que des sondes robotiques pointées vers Mars et Jupiter — comme le vaisseau MAVEN de la NASA qui a capté une image ultraviolette de la coma le 9 octobre 2025 — ont offert aux scientifiques des vues uniques lorsque l’astre était trop proche du Soleil pour être observé depuis la Terre. Cyrielle Opitom, astronome à l’Université d’Édimbourg au Royaume-Uni, qui a co-dirigé une étude de la comète à l’aide du Very Large Telescope (situé dans le désert d’Atacama au Chili), souligne l’importance de ces travaux pour comparer la formation des corps glacés à travers la galaxie.