Trois ans après la mort d’un nourrisson prématuré dont le corps a été retrouvé dans une machine à laver de l’hôpital Abass Ndao, trois agents ont comparu le 10 septembre 2026 devant le tribunal correctionnel de Dakar. La partie civile réclame 100 millions de francs CFA de dommages et intérêts aux parents endeuillés.
Le déroulement tragique des faits au service de néonatalogie
L’affaire remonte à juillet 2023 au sein du service de néonatalogie de l’hôpital Abass Ndao, plus précisément dans la salle Kangourou où sont pris en charge des nourrissons prématurés. Une infirmière assurait alors une garde de nuit incluant la surveillance de huit bébés, parmi lesquels se trouvait l’enfant décédé.
À l’issue de son service, l’agente aurait par inadvertance emballé le nourrisson dans des draps destinés à la buanderie. Le sac a ensuite suivi le circuit interne de l’établissement avant d’atteindre le service de lavage, sans qu’aucun contrôle intermédiaire ne permette de déceler la présence humaine à l’intérieur.
Les explications des employées poursuivies pour homicide involontaire
Le tribunal correctionnel de Dakar a examiné le dossier lors d’une audience tenue le jeudi 10 septembre 2026. Trois employées font face à des poursuites pour homicide involontaire : les infirmières Ndèye Birame Sylla et Rose Niang Diop, ainsi que la buandière Astou Diène. Seules Rose Niang Diop et Astou Diène étaient présentes à l’audience, Ndèye Birame Sylla ayant fait défaut.
À la barre, Astou Diène a expliqué qu’elle avait ramassé un sachet de linge déposé devant la crèche vers 7 h 30 avant de l’introduire directement dans la machine. Elle a déclaré : « Je l’ai juste ramassé avant de le mettre dans la machine. On ne vérifiait pas les objets enveloppés dans les draps parce que c’était pour des bébés ». Elle a également précisé que le linge des enfants n’était pas trié avant le lavage, contrairement à celui provenant du bloc opératoire qui est inspecté notamment pour détecter des seringues ou des traces de sang.
Pour sa part, Rose Niang Diop a reconnu avoir acheminé un sachet vers la buanderie tout en affirmant ignorer la présence du nourrisson à l’intérieur. Elle a confié : « Astou a récupéré le linge avant de le mettre dans la machine à laver. Malheureusement, on a constaté qu’il y a un bébé qui a été broyé ». Ndèye Birame Sylla, quant à elle, aurait constaté la présence de plusieurs bébés, dont celui qui allait décéder, avant d’emballer par maladresse le nourrisson dans les draps au moment de faire la collecte du linge des bébés de la salle.
Réquisitions du parquet et demandes de la partie civile
Au terme des débats, le ministère public a estimé que la négligence des prévenues devait être retenue dans cette affaire. Le parquet a requis six mois de prison ferme et 500 000 francs CFA d’amende contre Ndèye Birame Sylla, ainsi qu’une amende de 200 000 francs CFA contre Astou Diène. Concernant Rose Niang Diop, le ministère public s’en est remis à la sagesse du tribunal.

La partie civile, représentée par Me Mamadou Diaw, a mis en cause le non-respect des règles élémentaires de tri lors de la collecte et de la réception du linge. Les parents du nourrisson, dont le père Jean François Kouderin a témoigné à la barre, réclament 100 millions de francs CFA de dommages et intérêts. La procédure vise également à voir engager la responsabilité de l’État du Sénégal dans le volet indemnitaire, bien que l’agent judiciaire de l’État ait demandé sa mise hors de cause.
Le calendrier du délibéré fixé par le tribunal de Dakar
Le tribunal correctionnel de Dakar a renvoyé sa décision au 17 décembre 2026. Ce jugement fixera les responsabilités pénales et civiles de ce drame qui relance les interrogations sur la traçabilité du linge hospitalier et la sécurité des nouveau-nés dans les structures de santé.
