Cette décision, prise à l’unanimité, constitue le premier relèvement depuis 2023. Elle vise à juguler l’inflation persistante tout en suscitant l’opposition marquée du président Donald Trump.
La banque centrale des États-Unis a franchi un cap décisif sous la direction de son président Kevin Warsh. Réuni le mercredi, le Comité de politique monétaire (Federal Open Market Committee) a décidé à l’unanimité d’augmenter son taux directeur de 25 points de base. Cette intervention marque la première hausse des coûts d’emprunt depuis 2023.
La décision unanime de la Réserve fédérale face à la hausse des prix
L’institution a justifié sa manœuvre par la nécessité de stabiliser l’économie et de ramener l’inflation vers sa cible officielle. La Réserve fédérale a déclaré dans son communiqué officiel publié le mercredi que l’inflation restait élevée, que la mesure de politique monétaire prise ce jour-là soutiendrait un retour plus rapide à l’objectif de 2 pour cent du Comité, et que ce dernier assurerait la stabilité des prix.
Les marchés financiers avaient largement anticipé cette inflexion monétaire. L’outil CME FedWatch évaluait à une forte probabilité un tel relèvement la veille de l’annonce, alors qu’elle ne s’élevait qu’à une fraction moindre une semaine auparavant, selon les données de suivi des décisions monétaires. Une série de statistiques économiques publiées entre-temps avait bouleversé ces prévisions.
Les tensions inflationnistes et la flambée des cours du pétrole
Plusieurs pressions économiques ont pesé sur la décision du comité. L’indice des prix à la consommation a progressé en août, enregistrant sa plus forte hausse en quatre mois. En glissement annuel, les prix ont augmenté, prolongeant des tensions déjà alimentées par les dépenses d’investissement liées à l’intelligence artificielle et l’impact des tarifs douaniers.
À cela s’ajoute le conflit au Moyen-Orient. Les hostilités dans la guerre opposant les États-Unis à l’Iran ont fait grimper les cours du brut, le Brent oscillant autour de 109 dollars le baril. Les automobilistes américains subissent directement cette onde de choc : le gallon d’essence moyen a atteint 4,36 dollars (1,15 dollar le litre), tandis que le gazole s’établit à un niveau record de 6,31 dollars (1,67 dollar le litre), selon les relevés de l’American Automobile Association. Sur le marché obligataire, le rendement des bons du Trésor à 10 ans a franchi des seuils élevés, son plus haut niveau depuis 19 ans.
La vive réaction de Donald Trump et la position de Kevin Warsh
Le resserrement monétaire a immédiatement provoqué l’ire de la Maison-Blanche, à quelques semaines des élections de mi-mandat aux États-Unis. Bien que Kevin Warsh ait cherché à rassurer en qualifiant ce relèvement de retrait d’une dose d’accommodation dans une économie robuste, le président Donald Trump a exprimé son mécontentement sur sa plateforme Truth Social.
Donald Trump a estimé que les taux d’intérêt aux États-Unis devraient être de 1 %, ou moins, parce que le pays possède la meilleure solvabilité au monde, et de loin, et il a ajouté que le pays était en plein essor grâce à de nouveaux investissements, selon The Globe and Mail.
Le chef de l’État a ensuite réitéré son appel en exigeant des réductions immédiates, tout en exhortant sur son compte sur les réseaux sociaux à baisser les taux d’intérêt pour les États-Unis d’Amérique, et vite. Interrogé par la suite sur sa confiance envers le président de la Fed, Donald Trump a affirmé s’en remettre à Kevin Warsh tout en déplorant l’influence du conseil des gouverneurs de l’institution, selon les déclarations recueillies par la presse.
Perspectives pour les marchés et les taux directeurs
Les opérateurs de marché analysent désormais la trajectoire future de l’institution. Les projections trimestrielles de la Fed indiquent que 16 des 18 responsables de la politique monétaire prévoient au moins une nouvelle hausse d’un quart de point d’ici la fin de l’année, tandis que deux seulement anticipent un maintien des taux.

Les rendements obligataires à deux ans, particulièrement sensibles aux anticipations de taux, ont bondi de plus d’un dixième de point pour dépasser les seuils de référence. Pour les observateurs financiers, ce resserrement progressif traduit une volonté ferme de maintenir le cap face aux incertitudes géopolitiques et énergétiques.
Frances Donald a indiqué, via The Globe and Mail, que personne n’avait été surpris par la hausse de la Fed intervenue ce jour-là.
L’évolution des cours du pétrole constituera le principal indicateur à surveiller dans les mois à venir pour évaluer la nécessité d’un nouveau resserrement de la politique monétaire américaine.