Le directeur général de Novo Nordisk, Mike Doustdar, fait face à de fortes pressions de la part des investisseurs et des analystes pour présenter une feuille de route claire au-delà de son traitement phare Wegovy, alors que l’expiration des brevets du sémaglutide approche au début des années 2030.
La pression des marchés et la concurrence d’Eli Lilly
Les investisseurs et les analystes exhortent le fabricant du Wegovy à fixer des objectifs à moyen terme et à définir une stratégie capable de porter la croissance bien au-delà de ses traitements vedettes actuels. Après le lancement du Wegovy en 2021, l’entreprise a profité d’une vague de demande exceptionnelle qui l’a propulsée au rang de société cotée la plus valorisée d’Europe en 2023, affichant alors une capitalisation boursière supérieure à 600 milliards de dollars, selon les données rapportées par la presse financière.
Cependant, la situation s’est tendue. Le cours de l’action de Novo a chuté de plus de 70 % depuis son sommet, tandis que celui de son grand rival américain Eli Lilly a bondi. Sur le marché américain, les ventes du traitement concurrent Zepbound devraient ainsi dépasser celles du Wegovy de plus de 7 milliards de dollars cette année, d’après les chiffres compilés par LSEG. Face à cette dynamique, les actionnaires réclament des repères précis, citant en exemple des concurrents européens comme AstraZeneca, qui anticipe un chiffre d’affaires annuel de 80 milliards de dollars d’ici 2030.
Les défis du pipeline et l’ombre des brevets
Le compte à rebours est lancé. Le principe actif commun au Wegovy et à son médicament jumeau contre le diabète, l’Ozempic, verra ses brevets expirer au début des années 2030. Cette échéance imminente coïncide avec plusieurs revers cliniques notables qui ont ébranlé la confiance des marchés.
En février, les actions de l’entreprise ont dégringolé à la suite d’un échec lors d’un essai clinique concernant le CagriSema, un traitement de nouvelle génération contre l’obésité censé prendre la relève du Wegovy. À cela s’est ajouté l’arrêt des essais cliniques du ziltivekimab, un médicament expérimental pour le cœur, qui a accentué les inquiétudes quant à la trajectoire des ventes à long terme.
Ce sera en réalité une tâche très difficile de convaincre le marché que l’entreprise est en très bonne santé, en raison de la concurrence de Lilly, de la pression sur les prix, mais aussi de l’expiration du brevet du sémaglutide au début de la prochaine décennie.
Soren Lontoft Hansen, Sydbank
La quête d’un troisième pilier thérapeutique
Nommé à la tête de l’entreprise il y a un peu plus d’un an, Mike Doustdar s’est efforcé de réduire les coûts, d’éliminer les programmes cliniques sans issue et de nouer des partenariats ciblés pour renflouer un portefeuille de produits en phase avancée qui s’amenuisait. Bien que le lancement d’une version en comprimé du Wegovy ait offert un répit temporaire et conservé une avance face au Foundayo d’Eli Lilly, les observateurs estiment que cette pilule ne constitue qu’un bouclier de courte durée.

Pour les investisseurs, la réponse réside dans une diversification audacieuse en dehors des frontières du diabète et de l’obésité.
Ils devraient redoubler d’efforts pour se doter d’un troisième pilier… car dans les domaines du diabète et de l’obésité, ils ne trouveront pas suffisamment d’opportunités de croissance.
Markus Manns, Union Investment
Selon les analyses publiées par les plateformes de marché, ces acquisitions ciblées devraient viser des aires thérapeutiques telles que les maladies cardiovasculaires ou les maladies rares, afin d’atténuer la vulnérabilité de l’entreprise face aux pressions concurrentielles et réglementaires à venir.