Une vaste étude génomique et paléontologique publiée le 23 septembre 2026 dans la revue Nature révèle que les chauves-souris trouveraient leur véritable origine en Europe il y a environ 65 millions d’années, bousculant les hypothèses pointant vers l’Asie, l’Afrique ou l’Amérique du Nord.
Les chauves-souris n’ont pas conquis le monde depuis l’Asie ou l’Afrique comme le supposait la vulgate scientifique jusqu’ici. Une collaboration internationale d’envergure, menée par 137 chercheurs issus de 64 pays dans le cadre du consortium Bat1K, redessine entièrement l’arbre généalogique des seuls mammifères capables de vol battu. En combinant l’analyse de 103 génomes de haute qualité et l’examen de 44 fossiles à travers le globe, l’équipe a démontré que les ancêtres de ces animaux sont nés sur le sol européen avant de s’étendre progressivement vers l’Afrique, puis vers l’Asie, les Amériques, et l’Australie.
L’Europe comme berceau des chiroptères et le rôle des fossiles
Pour parvenir à ce résultat marquant, les paléontologues et généticiens ont dû surmonter des décennies de débats non résolus. Selon Francisco Castellanos, doctorant et membre de l’équipe de recherche de la Texas Tech University, c’est l’analyse croisée de données morphologiques issues de restes fossiles rares collectés au cours de la dernière décennie et de séquences génomiques d’espèces vivantes qui a permis d’obtenir une estimation précise des dates de divergence.

Cette approche minutieuse a nécessité un travail informatique intensif pour aligner des génomes entiers face à une vaste diversité chromosomique. Les contributions scientifiques proviennent de divers horizons géographiques, à l’instar des prélèvements de tissus menés lors de missions de terrain annuelles au Belize par Melissa R. de Waal, de la Fairleigh Dickinson University, ou encore des échantillons de chauves-souris marteaux collectés dans les forêts du nord de la république du Congo par les équipes de la Wildlife Conservation Society, telles que le rapporte la Wildlife Conservation Society.
Melissa R. de Waal a déclaré que cette recherche avait exigé un effort considérable pour répondre à une question que les scientifiques se posaient depuis des décennies concernant l’origine et l’évolution des chauves-souris.
L’apparition précoce de l’écholocation et de la physiologie
L’étude lève également le voile sur la chronologie des super-pouvoirs biologiques de ces mammifères. L’examen du fossile de Messel oil shale, rattaché à la branche la plus ancienne de l’arbre phylogénétique, indique que l’écholocation — cette capacité à naviguer en émettant des sons — était déjà présente avant la diversification des espèces modernes. Comme le note la couverture de l’Université de Nicosia, ce mécanisme de repérage acoustique a émergé aux côtés du vol dès l’aube de l’évolution du groupe.

Au-delà de l’histoire évolutive, cette ressource génomique inédite offre un code de lecture pour comprendre des énigmes physiologiques majeures.
Sarah Olson a indiqué qu’elle s’interrogeait sur la manière dont ces animaux cohabitaient avec des virus capables de causer de si grands dégâts chez l’humain, ajoutant que les données actuelles constituaient une sorte de code de la vie.
Perspectives de conservation et enjeux sanitaires
Néanmoins, ces populations font face à des menaces pressantes. De nombreuses espèces sont considérées comme menacées par l’Union internationale pour la conservation de la nature, subissant de plein fouet la crise climatique, la perte de leurs habitats naturels et la persécution humaine.
Alors que le projet international Bat1K poursuit son ambition de séquencer le génome de l’ensemble des 1 500 espèces de chauves-souris recensées, la préservation de ces mammifères volants s’avère indispensable tant pour la santé des écosystèmes — via la pollinisation et la régulation des populations d’insectes — que pour la recherche médicale de demain.