Le yen japonais se rapproche d’un tournant décisif et compte parmi les monnaies les plus sous-évaluées au monde, selon l’unité de recherche de la société de services financiers d’origine singapourienne OCBC, qui table sur un rattrapage progressif d’ici fin 2027.
La devise nippone conserve un cours particulièrement bas.
Mais cette décote n’a pour l’instant que très peu atténué les pressions à la dépréciation, d’après un rapport publié lundi par les stratégistes en change d’OCBC, Sim Moh Siong et Christopher Wong. En juillet dernier, la monnaie a atteint des sommets pluridécennaux, entraînant une intervention rare et coordonnée des autorités japonaises et américaines afin de liquider les positions vendeuses spéculatives et de manifester l’inquiétude des décideurs face à une faiblesse jugée excessive.
Le virage de la politique monétaire de la Banque du Japon
Une intervention sur les marchés ne suffit généralement pas à enclencher une reprise durable sans l’appui de réformes sur le front intérieur.
Toutefois, ce soutien indispensable semble enfin se dessiner. La Banque du Japon (BoJ) montre des dispositions de plus en plus nettes pour normaliser sa politique à un rythme plus rapide, ce qui permet de resserrer l’écart de taux avec les autres grandes banques centrales. Bien que la BoJ ne soit pas susceptible de surpasser la Réserve fédérale américaine en matière de fermeté monétaire à court terme, la trajectoire générale devient nettement plus favorable à la devise.
Nouvelles cibles de change et révisions des prévisions
Dans ce contexte, OCBC a révisé ses prévisions et anticipe un taux de change de 155 yens pour un dollar américain d’ici fin 2026, contre une estimation précédente de 160, avant de viser les 150 yens à l’horizon fin 2027.
Contrairement au yuan chinois, cependant, sa valorisation bon marché a eu peu d’effet pour atténuer les pressions à la dépréciation.
Sim Moh Siong et Christopher Wong, stratégistes en change chez OCBC
Flux de capitaux et stratégies de portage
La forte sous-évaluation du yen est appelée à jouer un rôle moteur bien plus marqué dans la performance du marché des changes à mesure que le contexte réglementaire et les flux financiers s’orientent vers un soutien accru.
Les analystes soulignent qu’un retour significatif des investisseurs japonais vers les actifs domestiques, soutenu par de nouvelles initiatives politiques destinées à encourager l’investissement local, pourrait offrir un puissant coup de fouet à la devise. À mesure que le yen se raffermit, le franc suisse devrait pour sa part demeurer la monnaie de financement privilégiée par les investisseurs pour les stratégies de portage (« carry trades »).