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A Fresh Perspective on the War in Ukraine

by Antoine Girard

Sur les rives du Dniestr, en Ukraine occidentale, vit une communauté chrétienne traditionaliste singulière, connue uniquement sous le nom de « ceux qui portent les chapeaux ». Le documentaire « Silent Flood » de Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk explore la manière dont cette existence volontairement isolée est confrontée aux réalités de la guerre et aux tensions entre tradition et solidarité.

Le film, présenté en compétition internationale au festival IDFA où il a remporté un prix pour sa direction photographique impeccable, s’inscrit dans une vague de documentaires réalisés sur fond d’invasion russe. Si certains se concentrent sur les combats (« 2000 mètres d’Andriivka » de Mstyslav Chernov, primé à Sundance), d’autres témoignent du quotidien en temps de crise (« Timestamp » de Kateryna Gornostai, présenté à Berlin), « Silent Flood » se distingue par son regard sur ceux qui choisissent délibérément de rester à l’écart.

Cette communauté, dont les ancêtres seraient apparentés aux Amish, a choisi de se couper du monde moderne. Électricité, véhicules motorisés, église : tout ce qui pourrait la relier à la société contemporaine est absent de son quotidien. Les membres vivent de l’agriculture, lavent leur linge à la rivière, cuisinent au feu de bois et s’éclairent à la bougie. Leurs chapeaux et foulards colorés, exigés par leurs traditions, semblent presque superflus en comparaison de cette austérité.

Le réalisateur observe ces routines quotidiennes avec une grande intimité, sans jamais intervenir directement. Les voix off, anonymes, proviennent soit des membres de la communauté, soit de leurs voisins, souvent perplexes face à ce mode de vie désuet. Ces derniers expriment parfois leur amertume, estimant que ces pacifistes sont hypocrites en refusant de rejoindre l’armée tout en bénéficiant des services publics financés par les contribuables. Une voix de la communauté répond : « Nous vivons sous la protection de Dieu, il n’est donc pas nécessaire de défendre le pays. »

Le film ne prend pas parti dans ce débat idéologique. Il propose plutôt une voie médiane, illustrée dans la deuxième partie, intitulée « Le Pain ». Les membres de la communauté refusent de participer aux combats, mais n’hésitent pas à préparer de grands pains qu’ils envoient aux soldats sur le front, un geste de solidarité conforme à leur croyance selon laquelle « la Bible enseigne à se contenter du pain et des vêtements ».

La dernière partie, « Échos de guerre », se tourne vers les soldats eux-mêmes, filmés à la bougie dans une scène qui fait écho à un dîner dans une maison de la communauté. « Ils sont certes originaux, mais je voudrais les remercier, ils contribuent aussi », confie l’un d’eux. Des anciens évoquent les vies et les foyers perdus lors des inondations du Dniestr dans les années 1940, alors que le reste du monde était en guerre. La région est une fois de plus confrontée à une catastrophe qu’elle ne peut contrôler.

Sukholytkyy-Sobchuk utilise des parallèles et des contrastes pour souligner que personne n’est véritablement isolé. L’incertitude quant à l’avenir de l’Ukraine pèse également sur cette communauté, en particulier sur sa jeune génération, qui pourrait ne pas avoir la possibilité de vivre aussi indépendamment du monde extérieur. Le film capture des images touchantes d’enfants jouant au bord de la rivière, patinant sur la glace en hiver ou faisant rouler un camion jouet sur un chemin de terre, autant de signes avant-coureurs des intrusions du monde moderne.

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