Home AffairesÀ l’approche de la période des Fêtes, la grève à la STM met les commerces à rude épreuve

À l’approche de la période des Fêtes, la grève à la STM met les commerces à rude épreuve

by Amélie Bernard

Publié le 2023-11-16 09:00:00. La reprise complète du service à la Société de transport de Montréal (STM) soulage les commerçants, durement touchés par la récente grève du personnel d’entretien, mais les craintes de répercussions sur les ventes de la période des Fêtes persistent.

  • La grève de la STM a entraîné une baisse significative de l’achalandage dans les commerces montréalais.
  • Les commerçants déplorent un manque de soutien face à un conflit qui les affecte indirectement.
  • La crainte d’un exode vers le commerce en ligne, exacerbé par les perturbations, plane sur les détaillants.

La fin du conflit à la STM, après une semaine de perturbations majeures, apporte un certain répit aux commerçants montréalais. La grève du personnel d’entretien, qui a imposé des fermetures du réseau en dehors des heures de pointe, a considérablement compliqué les déplacements et pesé sur l’activité économique, particulièrement à l’approche d’une période cruciale pour le commerce de détail.

François Albert, copropriétaire de la boutique de cadeaux et de décoration Chez Farfelu, située sur l’avenue du Mont-Royal, témoigne de l’impact direct de la grève.

« Nous avons remarqué une baisse claire de l’achalandage depuis le début de la grève. Pour un petit commerce de quartier, chaque jour compte et une grève prolongée risque de faire des ravages. »

Il souligne l’importance des mois de novembre et décembre, qui représentent la majeure partie des ventes annuelles.

Mardi matin, alors que le conflit était suspendu, M. Albert exprimait son sentiment d’isolement.

« On ne sait même plus à quelle porte frapper, à qui se plaindre. La STM, la Ville, le ministère des Transports, le Protecteur du citoyen ? Je ne me sens pas soutenu. »

Il déplore d’être pris en étau dans un conflit qui ne le concerne pas directement.

L’inquiétude est partagée par Marie-Claude Pelletier, présidente de l’agence de stylisme Les Effrontés, dont la boutique, La Vitrine québécoise par Les Effrontés, est située à Place Ville Marie. Elle explique que sa clientèle est principalement composée d’employés de bureau, nombreux à privilégier le télétravail en raison des difficultés de transport.

« Notre clientèle, c’est majoritairement des employés de Place Ville Marie qui viennent pendant l’heure du lunch ou après le travail. Mais avec la réduction du service de transport, beaucoup restent en télétravail. »

Ses ventes ont diminué d’environ 20 %.

D’autres commerces, comme la maison de thé Camellia Sinensis de la rue Saint-Denis et la boutique Fleuriste Centre-Ville, ont également fait part de leurs préoccupations. Au-delà de la baisse du chiffre d’affaires, la gestion du transport des employés s’est avérée particulièrement complexe. La boutique Noël éternel, spécialisée dans les décorations de Noël, a ainsi été contrainte de réduire ses heures d’ouverture pour permettre à ses employés de rentrer chez eux en toute sécurité.

« Nous sommes obligés de fermer plus tôt pour ne pas pénaliser nos employés, qui devraient sinon prendre un taxi ou flâner dehors jusqu’au prochain métro de 23 h pour rentrer chez eux. »

explique Caroline Doucet, directrice de l’entreprise.

Chez Farfelu, on a également dû adapter les horaires en fonction des passages du métro, ce qui a entraîné une réduction des heures de travail et donc des salaires des employés. François Albert envisageait même de jouer les taxis pour assurer le transport de son personnel en prévision d’un arrêt complet du transport en commun les 15 et 16 novembre.

Les restaurants et les bars, qui ne peuvent pas adapter leurs horaires, sont également touchés. Raphaël Léger, propriétaire du bar Chez Baptiste sur l’avenue du Mont-Royal, déplore les difficultés rencontrées par les employés de l’industrie pour rentrer chez eux après leur quart de travail.

« Avec le changement de quart de travail entre 19 h et 21 h le soir, les gens de l’industrie ont beaucoup de mal à revenir chez eux. Certains n’ont d’autre choix que de dépenser une partie de leur paie dans des taxis ou des Uber. »

François Albert estime que le transport en commun devrait être considéré comme un service essentiel et exprime son empathie envers les travailleurs de la STM tout en soulignant la difficulté de la situation.

« On veut être empathiques avec les travailleurs de la STM, mais ça devient difficile. Pas juste pour nous et nos employés, mais pour l’ensemble des Montréalais. »

Damien Silès, président-directeur général du Conseil québécois du commerce de détail, rappelle que les détaillants québécois sont constamment confrontés à des défis.

« Les détaillants québécois n’ont jamais de répit. Depuis la pandémie, ils vivent constamment avec une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes. »

Il mentionne également les impacts de la guerre commerciale avec les États-Unis et de la grève des employés de Postes Canada.

La suspension du conflit offre un soulagement temporaire, mais la crainte d’un report des achats vers les géants du commerce en ligne comme Amazon, Shein ou Temu demeure. Les commerçants locaux redoutent que les perturbations n’incitent les consommateurs à privilégier la commodité du commerce en ligne au détriment des boutiques de quartier.

You may also like

Leave a Comment