Téhéran – L’ancienne ambassade américaine, prise d’assaut en 1979, est aujourd’hui un lieu de mémoire controversé qui témoigne de plus de quatre décennies d’hostilité entre l’Iran et les États-Unis. Suite à de récentes tensions militaires, ce musée, surnommé par les Iraniens le « Musée américain de l’espionnage », attire l’attention sur un passé qui résonne encore fortement dans le contexte géopolitique actuel.
En juin dernier, des frappes israéliennes et américaines sur le territoire iranien ont déclenché un conflit bref mais intense, faisant des centaines de morts et secouant la capitale. L’accès à l’Iran étant restreint pour les journalistes étrangers, une récente visite guidée de l’ancienne ambassade a été organisée pour quelques médias, dont notre équipe.
Le 4 novembre 1979, des étudiants iraniens ont investi l’ambassade américaine, craignant une intervention visant à rétablir le Shah, renversé quelques mois auparavant. Ils ont retenu 52 otages pendant 444 jours. Des extraits d’archives témoignent de l’époque :
« Les étudiants avaient limité les contacts extérieurs avec les otages. Jusqu’à présent, ils avaient refusé de transmettre des lettres à leurs ravisseurs. »
« Comment pouvez-vous appeler ces otages ? Ces gens sont des passeurs politiques. »
L’administration américaine de l’époque avait réagi en annonçant des sanctions économiques et politiques :
« J’ai annoncé une série d’actions économiques et politiques. Nous avons dépassé le temps des gestes. Nous voulons que notre peuple soit libéré. »
Le gouvernement américain a par la suite révélé que six agents de la CIA figuraient parmi les otages, dénonçant une violation des conventions diplomatiques par l’Iran.
Aujourd’hui, le site est un musée où l’on peut observer le bureau de l’ancien ambassadeur américain, conservé dans son état d’origine. Les visiteurs peuvent également voir les restes de documents officiels que les Américains ont tenté de détruire à l’aide de déchiqueteuses, une scène rendue célèbre par le film Argo.
« Ce sont les fameuses déchiqueteuses probablement connues de la plupart des Américains dans le film Argo, n’est-ce pas ? »
« Les étudiants ont essayé de récupérer certains de ces documents. Il a fallu six ans pour rassembler les papiers déchiquetés. Et, après récupération, les étudiants ont classé tous ces documents comme un livre. »
Une attention particulière est portée à la section du musée consacrée à la CIA, où sont exposés des équipements d’espionnage tels que des dispositifs de cryptage et des appareils d’écoute. Le régime iranien présente ces éléments comme la preuve que l’ambassade ne servait pas uniquement à des fins diplomatiques, mais aussi à surveiller la population iranienne et à s’immiscer dans ses affaires.
« C’est tout le matériel nécessaire pour écouter les communications et surveiller les communications. »
« Ouais, je veux dire, je dois dire que c’est plus élaboré que je ne l’aurais imaginé, n’est-ce pas ? Cela vous donne un aperçu de ce à quoi ressemblait l’espionnage il y a près de cinq décennies. »
Le message du musée est clair : les États-Unis ne sont pas dignes de confiance, hier comme aujourd’hui. Amir, un guide de 21 ans affecté au musée dans le cadre de son service militaire obligatoire, a demandé à ne pas voir son nom de famille divulgué, une pratique courante en Iran. Il explique que le musée accueille environ 5 000 visiteurs par an, principalement d’Asie, mais rarement des Américains ou des Britanniques.
« En général, combien de personnes visitent ce musée chaque année ? »
« Il y en a environ 5 000, la plupart venant d’Asie. Mais nous recevons rarement des visiteurs des États-Unis et du Royaume-Uni. »
De nombreux Iraniens considèrent ce musée comme un vestige du passé, mais la récente escalade des tensions, notamment la guerre de juin, a ravivé leurs craintes d’un nouveau conflit avec les États-Unis. Ce lieu de mémoire rappelle ainsi que l’histoire trouble des relations entre les deux pays reste bien présente.