Publié le 2024-02-29 14:15:00. L’économiste Branko Milanovic analyse la fin d’un modèle de mondialisation néolibérale et l’émergence d’un nouveau système qu’il qualifie de « libéralisme du marché national », caractérisé par un repli sur soi et une priorité accordée aux intérêts économiques nationaux.
- La mondialisation néolibérale, telle qu’elle a prévalu des années 1990 à 2016, est en déclin, une tendance amorcée bien avant l’élection de Donald Trump.
- Le « libéralisme du marché national » se définit par une concentration sur les politiques de libre marché au niveau national, combinée à un abandon des principes de libre-échange et de cosmopolitisme à l’échelle internationale.
- Donald Trump, selon Milanovic, ne fait pas que poursuivre les politiques néolibérales, il les intensifie, notamment par des réductions d’impôts et une déréglementation accrue.
La fin d’une ère est en marche. L’économiste Branko Milanovic estime que la mondialisation néolibérale a atteint ses limites. Cette analyse ne se limite pas à une critique de l’administration Trump, mais s’appuie sur l’observation d’une évolution plus large, confirmée par les politiques de son successeur, Joe Biden. La question centrale qui se pose désormais est de savoir quel système économique et politique émergera pour succéder au modèle dominant des dernières décennies.
Selon Milanovic, le néolibéralisme peut être décomposé en quatre éléments constitutifs. Au niveau national, il se traduit par une libre concurrence, une fiscalité faible et une réglementation minimale. Sur le plan social, il prône les libertés individuelles, l’affirmative action et l’acceptation de la diversité, qu’elle soit sexuelle ou raciale. À l’échelle internationale, il se manifeste par le libre-échange sur le plan économique et par un cosmopolitisme favorisant la libre circulation des personnes et des travailleurs sur le plan social.
« Trump ne se contente pas de poursuivre mais approfondit sa politique néolibérale. Réduction des impôts, réduction de la réglementation sur pratiquement tout, réduction des impôts sur le capital par rapport au travail – il double la mise sur toutes ces choses. »
Branko Milanovic, économiste
L’observation de Milanovic est que l’élément international de ce modèle est en train de disparaître. L’administration Trump, et d’autres ailleurs, privilégient désormais une approche clairement mercantiliste dans leurs relations avec les autres pays. Parallèlement, les libertés individuelles et l’acceptation de la diversité sont également remises en question au niveau national. Il ne subsiste alors, selon l’économiste, que le volet du libéralisme de marché, intensifié par les politiques de Trump : baisse des impôts, déréglementation généralisée et allègement de la fiscalité sur le capital par rapport au travail.
C’est cette combinaison d’un libéralisme économique national et d’un repli sur soi qui a conduit Milanovic à définir ce nouveau système comme du « libéralisme du marché national ». Un modèle où les principes libéraux ne s’appliquent plus qu’à l’intérieur des frontières nationales, tandis que la dimension sociale et cosmopolite du néolibéralisme s’estompe.
