Publié le 16 décembre 2025 à 13h54. Une photographie inédite et des investigations financières pointent des liens troubles entre des responsables de l’AFA (Association Argentine de Football) et des figures politiques influentes, alors que le gouvernement Milei intensifie ses audits et ses enquêtes.
- Le président Javier Milei a discrètement manifesté son soutien à Estudiantes de La Plata après sa victoire en championnat, un geste interprété comme un signal dans sa lutte contre Claudio Tapia, Pablo Toviggino et leurs alliés politiques.
- L’Inspection générale de la justice (IGJ) s’apprête à lancer un audit approfondi des finances de l’AFA sur les huit dernières années, avec des sommes considérables en jeu (112 millions de dollars pour l’AFA et 340 millions pour la Super League).
- Des irrégularités potentielles concernant des transferts de fonds et des contrats obscurs, notamment avec la société TourProdEnter LLC, sont au cœur des préoccupations des enquêteurs.
L’offensive du gouvernement contre les dirigeants du football argentin prend une tournure de plus en plus virulente. Une photographie, capturée par Javier Miley (sans lien de parenté avec le président) au cinéma Olivos lors de la finale du championnat Clausura, a été immédiatement transmise par WhatsApp à Juan Sebastián Verón, président d’Estudiantes, en signe de soutien. Ce geste, apparemment anodin, est perçu comme un message fort dans le contexte de la lutte politique menée par Javier Milei contre Claudio Tapia, le président de l’AFA, Pablo Toviggino, son trésorier, et ceux qu’il considère comme leurs principaux soutiens : Sergio Massa, Cristina Kirchner et Axel Kicillof.
Au-delà de ce soutien symbolique, le gouvernement a lancé une série d’actions administratives visant à mettre la pression sur Tapia et son équipe. La Direction générale des impôts (DGI) a ainsi accusé l’AFA de détournements d’impôts, et l’IGJ a reçu l’autorisation de mener une enquête approfondie sur ses finances. Dans les prochaines heures, Daniel Vítolo, chef de l’IGJ, convoquera l’AFA pour qu’elle « ouvre » ses bilans des huit dernières années, ainsi que les commissaires aux comptes qui les ont certifiés. Si ces derniers refusent de coopérer, l’IGJ demandera au ministère de la Justice de nommer un observateur.
Les sommes en jeu sont considérables. L’audit pourrait révéler des irrégularités pour un montant total de 112 millions de dollars pour l’AFA et 340 millions de dollars pour la Super League. La question se pose désormais de savoir si Claudio Tapia pourra continuer à diriger l’AFA dans ces conditions. Daniel Vítolo a cependant précisé que ces mesures ne visent pas une intervention directe dans la gestion de l’AFA, mais uniquement un audit comptable pour déterminer l’existence éventuelle de délits.
L’enquête se concentre notamment sur les agissements de Tapia, qui a apparemment cherché à éviter de fournir les documents demandés en s’inscrivant auprès de la Direction des personnes morales de la province de Buenos Aires. Cette démarche suspecte a été facilitée par Ricardo Nissen, ancien chef de l’IGJ, qui a également été avocat de Máximo et Florencia Kirchner dans l’affaire Hotesur et de Hugo Moyano. Il a été confirmé que Nissen travaille actuellement pour la Direction des personnes morales et qu’il a récemment vendu à Tapia, pour 700 000 dollars, la propriété abritant l’UNAFA (Université Nationale de Football et de Formation Agricole), un projet controversé.
Parallèlement, la plainte déposée par la DGI est loin d’être anodine. L’AFA est accusée d’avoir détourné des fonds qui auraient dû être versés à l’agence de recouvrement, pour un montant total de 7 700 millions de pesos. Ce crime est le même que celui reproché à Cristóbal López et Fabián de Sousa par le passé. Selon un ancien ministre, proche du Trésor public, « Tapia est acculé, Vallejo n’a plus d’échappatoire, et il est fort probable que Toviggino finisse en prison ».
Des questions se posent quant à l’origine de cette offensive. Daniel Vila, président d’Independiente Rivadavia de Mendoza et actionnaire du Grupo América, Edenor et Telefé, a suggéré que le Grupo Clarín pourrait être à l’origine de ces révélations. Quoi qu’il en soit, la découverte d’un sac portant le nom de Toviggino et d’une plaque de gratitude à son attention dans une résidence à Pilar, ainsi que l’analyse des flux financiers dans l’affaire Sur Finanzas, semblent particulièrement pertinents.
Une enquête menée par Diego Cabot, publiée dans LA NACION, a révélé des passifs importants dans le bilan de 2024, notamment une dette de 113 millions de dollars pour Sur Finanzas et de 227 millions de dollars pour TyC Sports, ainsi qu’un passif de 14,5 millions de dollars envers la société TourProdEnter LLC, qui détient les droits de diffusion à l’étranger des matchs de l’AFA. La structure de cette société, basée en Floride (Miami) depuis le 20 août 2021, et ses liens avec Javier Faroni, un homme d’affaires proche de Sergio Massa, soulèvent des interrogations. Faroni est également propriétaire d’une flotte d’avions, dont le Gulfstream G400 (immatriculation T7-SU) utilisé par Tapia comme s’il lui appartenait.
Selon Cabot, Tapia et Toviggino sont des « experts dans l’art de la diplomatie des billets ». Un président de club de football aurait témoigné avoir vu de l’argent s’accumuler dans un appartement au Qatar après la Coupe du monde, et aurait suspecté que cet argent soit revenu à Buenos Aires dans des sacs dissimulés dans l’avion de la compagnie aérienne nationale.
Dans ce contexte, le message de Carlitos Tévez à Toviggino sur son compte X prend un nouveau sens. Cabot a révélé que Tapia surnomme Toviggino « le cavalier », tandis que ce dernier appelle Tapia « le monarque », un surnom ambigu. La question centrale reste : à qui appartiennent réellement les fonds de Chiqui Tapia ? Cristina Kirchner, Kicillof et Massa pourraient avoir des éléments de réponse.
Parallèlement à cette saga, le gouvernement Milei poursuit ses réformes. Javier Milei, Karina Milei, Manuel Adorni, Santiago Caputo, Martín Menem et Diego Santilli espèrent obtenir cette semaine l’approbation des députés pour le budget 2026. Patricia Bulrich s’efforce également d’obtenir l’approbation du Sénat pour la réforme du travail. Si ces projets aboutissent, la séquence serait la suivante : approbation du budget avant les élections ordinaires du 30 décembre, potentielle approbation de la réforme du travail, et adoption d’une nouvelle loi sur les glaciers, réclamée par les provinces minières. Pendant ce temps, l’attention du public restera probablement fixée sur les rebondissements de l’enquête sur les finances de l’AFA, avec de nouvelles révélations attendues cette semaine.
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