Home MondeAbelardo de la Espriella, avocat pro-Trump, en tête du premier tour de la présidentielle colombienne

Abelardo de la Espriella, avocat pro-Trump, en tête du premier tour de la présidentielle colombienne

by Clara Dubois
L'ascension fulgurante d'Abelardo de la Espriella

L’avocat millionnaire Abelardo de la Espriella a créé la surprise en arrivant en tête du premier tour de l’élection présidentielle colombienne ce dimanche, avec 43,7 % des voix. Il affrontera le candidat de gauche Ivan Cepeda lors d’un second tour prévu le 21 juin, dans un climat marqué par une violence armée accrue.

L’ascension fulgurante d’Abelardo de la Espriella

L’entrée en scène d’Abelardo de la Espriella bouleverse l’échiquier politique colombien. Novice en politique et n’ayant jamais brigué de mandat électif, l’avocat de 47 ans, surnommé « Le tigre », s’est imposé face au favori Ivan Cepeda. Selon les données rapportées par Médias24, De la Espriella a recueilli 43,7 % des suffrages contre 40,9 % pour Cepeda. Ce basculement est accentué par le ralliement de Paloma Valencia, candidate conservatrice soutenue par l’ancien président Alvaro Uribe, qui a terminé troisième avec 7 % des voix. Pour Juan Nicolas Garzon, professeur de science politique à l’Université de La Sabana, l’avocat a réussi « à capter le sentiment anti-Petro et le radicalisme de droite ». L’image de De la Espriella est celle d’un candidat excentrique. Il affectionne les meetings spectaculaires, s’exprimant parfois derrière une vitre blindée pour marquer sa rupture avec la politique traditionnelle et souligner l’insécurité ambiante.

Sécurisation militaire contre processus de paix

Sécurisation militaire contre processus de paix
cluster (priority): RMC Sport
Le duel qui s’annonce pour le 21 juin oppose deux visions diamétralement opposées de la gestion de l’État, dans un pays où la violence des groupes armés a atteint un niveau inédit depuis dix ans. De la Espriella prône une ligne dure. Son programme mise sur une fermeté absolue contre les organisations criminelles et les cartels de la drogue. Il entend mettre fin aux négociations avec ces groupes pour les « écraser militairement ». Cette approche sécuritaire, déjà victorieuse dans d’autres pays d’Amérique latine, semble avoir séduit un électorat épuisé par six décennies de conflit interne. À l’opposé, Ivan Cepeda, 63 ans, philosophe et défenseur des droits humains, se présente comme le dauphin du président Gustavo Petro. Son projet repose sur la poursuite d’un processus de paix avec les groupes armés, malgré les échecs passés, et l’extension des programmes sociaux pour réduire les inégalités structurelles du pays. La tension est montée d’un cran dès le lendemain du scrutin. Cepeda a juré de vaincre « l’extrême droite fasciste », tout en accusant son rival de maintenir des liens avec des réseaux mafieux.

La bataille symbolique du maillot jaune

Abelardo de la Espriella, from 'outsider' lawyer to presidential candidate
Au-delà des programmes, la campagne s’est déplacée sur le terrain des symboles, transformant l’équipement de l’équipe nationale de football en arme politique. À quelques semaines de la Coupe du monde 2026, Abelardo de la Espriella a enveloppé sa communication dans le jaune de la sélection colombienne. Cette stratégie, analysée par RMC Sport, rappelle la méthode utilisée par l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro, qui avait fait du maillot de la Seleçao un emblème partisan. Lors d’un rassemblement dimanche soir, De la Espriella et sa famille portaient tous les couleurs nationales, surfant sur l’excitation précédant le premier match de la Colombie contre l’Ouzbékistan, prévu le 17 juin. « M. de la Espriella a l’habitude de voler des choses, maintenant il vole le maillot de l’équipe nationale colombienne » Ivan Cepeda, candidat à la présidentielle Pour David Quitian, anthropologue spécialisé dans le sport, cette manœuvre vise à fusionner « passion sportive et passion politique ». Cepeda, lors d’une conférence de presse, a fermement contesté cette appropriation, affirmant que l’équipe nationale appartient à tous et non à une seule campagne.

L’effet sur les marchés et le vote centriste

L'effet sur les marchés et le vote centriste
cluster (priority): L'Agefi
Si le climat politique est électrique, la réaction financière est, elle, positive. Comme le rapporte L’Agefi, les marchés colombiens ont bondi après le premier tour. Les investisseurs voient dans la montée de De la Espriella une promesse de redressement budgétaire et une amélioration significative des relations diplomatiques avec Washington, le candidat étant un admirateur de Donald Trump. Cependant, la victoire finale reste incertaine. L’analyse des experts suggère que le second tour se jouera sur la capacité des candidats à séduire le centre et les abstentionnistes. L’enjeu pour Ivan Cepeda est double. Yann Basset, politologue à l’Université du Rosario, estime que le résultat du premier tour est « symboliquement un coup dur » pour sa campagne. Pour espérer l’emporter, Cepeda devra se montrer « un peu plus combatif », selon Juan Nicolas Garzon. De son côté, De la Espriella pourrait se heurter à un plafond de verre. Felipe Botero, directeur du département de science politique de l’université des Andes, souligne que si la droite traditionnelle se tournera naturellement vers lui, sa personnalité et ses politiques « extrêmes » pourraient être « dures à avaler » pour une partie des électeurs modérés. Le scrutin du 21 juin déterminera si la Colombie bascule vers un modèle de sécurité radicale ou maintient sa trajectoire de transition sociale et de paix négociée.

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