Publié le 12 décembre 2025 à 05h24. Il y a dix ans, l’Accord de Paris sur le climat était salué comme un tournant historique dans la lutte contre le réchauffement climatique. Aujourd’hui, alors que les objectifs fixés peinent à être atteints, experts et acteurs de l’époque reviennent sur cet accord, ses forces et ses faiblesses.
- L’Accord de Paris, conclu en 2015, visait à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C (2 °C au maximum) par rapport aux niveaux préindustriels.
- Contrairement aux accords précédents, il repose sur des contributions volontaires des États, sans objectifs contraignants.
- Malgré ses limites, l’accord a eu un effet transformateur sur les politiques, les entreprises et la société civile, selon les experts interrogés.
Le 12 décembre 2015, au Bourget, près de Paris, Laurent Fabius, alors ministre français des Affaires étrangères, scellait l’Accord de Paris d’un coup de marteau, sous les applaudissements des représentants de 195 États. Un moment décrit par l’avocat spécialisé en droit climatique, Oliver Ruppel, comme « magique », fruit de négociations longues et ardues. À l’époque, un optimisme palpable régnait, salué par les participants pour la compétence diplomatique de la présidence française de la COP.
L’Accord de Paris marquait une rupture avec le protocole de Kyoto (1997), en abandonnant l’approche des objectifs contraignants par pays. Les États s’engageaient à définir leurs propres contributions à la lutte contre le réchauffement climatique, sous la forme de Plans climatiques nationaux (Contributions déterminées au niveau national, CDN), régulièrement mis à jour. L’objectif affiché était de limiter la hausse des températures à 1,5 °C, voire 2 °C maximum, par rapport aux niveaux préindustriels (1850-1900), afin d’éviter des conséquences dramatiques telles que sécheresses, montée du niveau des mers, inondations et incendies de forêt.
Dix ans après, le bilan est mitigé. Selon les CDN actuelles, le monde se dirige vers un réchauffement de 2,5 °C d’ici la fin du siècle. De plus, les températures moyennes pour les années 2023 à 2025 ont déjà dépassé le seuil de 1,5 °C. Cependant, la climatologue Helga Kromp-Kolb rappelle que, sans l’Accord de Paris, les prévisions de réchauffement atteignaient encore 6 °C.
« C’était la première fois que tout le monde était vraiment d’accord sur la destination réelle du voyage. »
Helga Kromp-Kolb, climatologue
Pour Kromp-Kolb, l’essentiel réside moins dans l’atteinte de l’objectif de 1,5 °C que dans la transformation profonde qu’il implique : « Ce qui se cache derrière cela, c’est en fait toute une attitude à l’égard de la nature. »
L’un des principaux reproches formulés à l’Accord de Paris est son caractère volontaire, considéré par certains comme un « défaut de conception ». « Supposer qu’une protection climatique ambitieuse soit poursuivie sur une base volontaire est une erreur », estime Niklas Höhne, climatologue du NewClimate Institute. Ruppel nuance toutefois cette critique : « C’était le compromis qu’il fallait construire à l’époque parce qu’on ne pouvait pas rassembler les pays développés et les pays en développement sur toutes les questions. » Il souligne que ce volontarisme implique un certain engagement personnel, renforcé par un mécanisme de vérification régulière.
Un vent favorable à l’action climatique souffle également de la Cour internationale de Justice (CIJ). Ruppel explique que le rapport révolutionnaire de la CIJ ouvre des perspectives juridiques pour contraindre les États à respecter leurs engagements climatiques : « Si les hommes politiques ne remplissent pas leurs obligations morales ou juridiques d’agir, il existe alors des voies diplomatiques ainsi que des options dans l’État de droit ainsi que des recours devant les tribunaux aux niveaux national, régional et international. »
Cependant, le contexte géopolitique actuel rend plus difficile la conclusion d’un accord similaire à celui de Paris. Kromp-Kolb observe un affaiblissement de l’engagement politique en faveur du climat, lié aux tensions internationales, à la montée des populismes et à la conjoncture économique difficile. Selon Ruppel, « La situation mondiale s’est aggravée dans de nombreuses régions. »
Malgré ces défis, Ruppel insiste sur l’importance de ne pas sous-estimer l’impact transformateur de l’Accord de Paris : « Après dix ans, je pense que l’Accord de Paris a eu un énorme effet transformateur qui ne doit pas être sous-estimé. » Kromp-Kolb reconnaît également des progrès, tout en soulignant le long chemin qui reste à parcourir : « Nous sommes maintenant dans une phase où les choses rebondissent un peu. Mais je suis dans ce monde depuis assez longtemps pour savoir qu’il y a des hauts et des bas. »
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