Publié le 24 février 2024 10:32:00. Une nouvelle étude révèle comment le cerveau réagit aux joies et aux déceptions du football, offrant des pistes pour comprendre les mécanismes du fanatisme et de l’identité sociale, bien au-delà du simple sport.
- L’étude, basée sur l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), montre que les circuits de récompense cérébraux s’activent plus fortement lors des victoires significatives (contre un rival) que lors des victoires neutres.
- En cas de défaite face à un rival, une suppression paradoxale de l’activité dans le cortex cingulaire antérieur dorsal (dACC), impliqué dans le contrôle cognitif, a été observée.
- Ces schémas cérébraux pourraient s’appliquer à d’autres formes de fanatisme, y compris dans les domaines politique et sectaire.
Le football, sport mondial par excellence, suscite des passions intenses et des comportements variés, allant du simple spectateur à l’engagement émotionnel profond. Cette ferveur offre aux chercheurs un terrain d’étude privilégié pour explorer les fondements de l’identité sociale et la manière dont nos émotions sont traitées dans des situations compétitives. Une nouvelle recherche, publiée dans la revue Radiologie, a cherché à décrypter les mécanismes cérébraux à l’œuvre chez les supporters de football.
Francisco Zamorano, PhD, biologiste à la Clínica Alemana de Santiago et professeur à la Facultad de Ciencias para el Cuidado de la Salud, Universidad San Sebastián, au Chili, explique :
« Le fandom de football fournit un modèle de fanatisme à haute validité écologique avec des conséquences quantifiables sur la santé et le comportement collectif. »
Francisco Zamorano, PhD, biologiste
Il ajoute :
« Bien que l’affiliation sociale ait été largement étudiée, les mécanismes neurobiologiques de l’identité sociale dans des contextes compétitifs ne sont pas clairs. »
Francisco Zamorano, PhD, biologiste
Pour cette étude, les chercheurs ont analysé l’activité cérébrale de 60 supporters masculins âgés de 20 à 45 ans, issus de deux équipes rivales historiques, à l’aide de l’IRMf. Le niveau de fanatisme de chaque participant a été évalué grâce à une échelle de 13 questions mesurant à la fois la propension à la violence et le sentiment d’appartenance.
Les participants ont visionné 63 séquences de buts, impliquant leur équipe favorite, une équipe rivale ou une équipe neutre. L’analyse des données a permis de comparer les réponses neuronales lorsque les supporters voyaient leur équipe marquer contre un rival (victoire significative) par rapport à la situation inverse (défaite significative), avec des conditions de contrôle pour les buts marqués lors de matchs sans rivalité particulière.
Les résultats ont révélé que l’activité cérébrale variait considérablement en fonction du succès ou de l’échec de l’équipe soutenue. Selon le Dr Zamorano :
« La rivalité reconfigure rapidement l’équilibre valorisation-contrôle du cerveau en quelques secondes. »
Dr Zamorano
Il précise :
« En cas de victoire significative, les circuits de récompense dans le cerveau sont amplifiés par rapport aux victoires non rivales, alors qu’en cas de défaite significative, le cortex cingulaire antérieur dorsal (dACC) – qui joue un rôle important dans le contrôle cognitif – montre une suppression paradoxale des signaux de contrôle. »
Dr Zamorano
Cette « suppression paradoxale » se produit lorsque l’individu tente de réprimer une pensée, une émotion ou un comportement, mais obtient l’effet inverse. L’étude a également montré une activation accrue des régions du système de récompense lorsque l’équipe du supporter marquait contre un rival, suggérant un renforcement des liens sociaux et de l’identité collective. Cet effet était particulièrement marqué chez les supporters les plus fervents, ce qui pourrait expliquer pourquoi des individus rationnels peuvent parfois adopter des comportements irrationnels lors des matchs.
Les chercheurs suggèrent que ces découvertes pourraient avoir des implications cliniques. Le Dr Zamorano estime que :
« Ce modèle implique une vulnérabilité dépendante de l’état dans laquelle un bref refroidissement ou la suppression des déclencheurs pourrait permettre au système de contrôle dACC/saillance de se rétablir. »
Dr Zamorano
Il conclut :
« La même signature neuronale – récompense en hausse, contrôle en baisse en cas de rivalité – se généralise probablement au-delà du sport aux conflits politiques et sectaires. »
Dr Zamorano
En identifiant les mécanismes neuronaux impliqués, cette étude pourrait éclairer les stratégies de communication, de gestion des foules et de prévention des débordements lors d’événements à enjeux élevés, en tenant compte de l’amplification de la récompense et de la diminution du contrôle en situation de rivalité. Lien vers l’étude originale dans Radiologie.