Orange Mountain Music a publié le premier enregistrement intégral de l’œuvre lyrique et scientifique de Philip Glass, 1000 Airplanes on the Roof. Initialement présentée en juillet 1988 à l’aéroport international de Vienne, cette partition de 80 minutes bénéficie d’une nouvelle version enregistrée par l’ensemble Third Angle New Music.
Le label Orange Mountain Music a officialisé le lancement de ce double album le 6 mars, proposant enfin l’intégralité de la partition voulue par le compositeur américain. Lors de sa création le 15 juillet 1988 dans le hangar numéro 3 de l’Aéroport international de Vienne, puis lors de sa parution sous étiquette Virgin, l’œuvre avait été écourtée à 55 minutes. Cette nouvelle parution restitue l’entièreté des quatre-vingts minutes écrites à l’origine.
Un drame musical entre science-fiction et paranoia urbaine
Qualifié de science fiction music drama
par ses auteurs, le spectacle réunit la musique de Philip Glass, un livret de David Henry Hwang et des projections holographiques conçues par Jerome Sirlin, d’après les notes publiées par Dunvagen Music Publishers. L’histoire suit un personnage central nommé M
, dont le patronyme en une seule lettre évoque les anti-héros kafkaïens. M erre dans New York en proie à des souvenirs fragmentés et à une ange de persécution croissante après de prétendues rencontres avec des formes de vie extraterrestres.
Le texte pose la question de la nature de ces visions : s’agit-il d’un voyage spatial réel, d’un cauchemar provoqué par des opiacés ou de l’effondrement psychologique d’un esprit ? Le mystère reste entier, souligné par les avertissements énigmatiques que les visiteurs laissent derrière eux. Parmi ces phrases récurrentes, le livret met en avant l’une des injonctions les plus troublantes de la pièce :
« It is better to forget, it is pointless to remember. No one will believe you. »
Personnage de M, via PhilipGlass.com
L’ensemble Third Angle New Music, fondé à Portland en 1985, a abordé cette partition monumentale avec un soin particulier pour le contexte spatial et sonore. Selon la direction artistique de l’organisation, cette musique agit comme a gateway into the deeper subject matter of the piece,
permettant de relier les doutes paranoïaques de M aux formes d’oppression contemporaines.
De la scène sous l’aile du Spruce Goose au double album en studio
Avant de donner naissance à ce double disque, la production a connu une mise en scène marquante en octobre 2023 à McMinnville, dans l’Oregon. L’ensemble a interprété l’œuvre au sein du Musée spatial et de l’aviation Evergreen, blottis précisément sous la carlingue du mythique hydravion Hughes H-4 Hercules, plus connu sous le nom de Spruce Goose. Cette vaste architecture renforçait l’esthétique aérienne et spatiale du mélodrame.

Pour ancrer la représentation dans une réalité sensorielle, l’équipe artistique a minutieusement calculé les horaires de coucher du soleil lors des deux soirées de concert. Cette précision permettait à la lumière naturelle d’accompagner la descente psychologique du personnage, illuminant la carlingue de l’appareil au moment où M s’enfonçait dans les recoins les plus sombres de son esprit.
L’interprétation alterne entre la voix parlée d’Ithica Tell, qui livre une lecture incisive du texte de Hwang, et les vocalises aériennes et stratosphériques de la soprano Arwen Myers. Cette dualité rappelle les choix stylistiques d’une époque où Philip Glass privilégiait l’électronique pure avec son ensemble, s’appuyant sur des flûtes, des saxophones et des synthétiseurs sans recourir aux grandes masses symphoniques de ses partitions ultérieures.
Une structure double pour une écoute renouvelée
Le travail discographique se compose de deux disques distincts conçus pour offrir des expériences d’écoute variées. Le premier disque intègre la narration théâtrale portée par la distribution vocale, tandis que le second propose l’intégralité de la partition instrumentale jouée par les musiciens. Cette configuration permet d’apprécier la forêt d’arpèges et la texture immersive des synthétiseurs sans le support textuel, transformant l’œuvre en un paysage sonore purement contemplatif.

Du côté des perspectives d’avenir, l’ensemble musical évalue les possibilités logistiques pour ramener ce spectacle sur scène. Les contraintes liées au gigantisme des décors et à la volonté d’offrir une immersion totale à chaque représentation exigent des infrastructures lourdes. Les équipes poursuivent leurs recherches de partenaires et de soutiens financiers afin d’envisager de nouvelles séries de représentations à Portland ainsi qu’une éventuelle tournée européenne.