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« Affaires familiales » : quand le théâtre met la loi face à ses failles

Publié le 4 décembre 2025. Le Centre dramatique national d’Orléans accueille Affaires familiales, la nouvelle création d’Émilie Rousset, une plongée au cœur des cabinets d’avocats spécialisés en droit de la famille, où se croisent récits intimes et enjeux…

« Affaires familiales » : quand le théâtre met la loi face à ses failles

Publié le 4 décembre 2025. Le Centre dramatique national d’Orléans accueille Affaires familiales, la nouvelle création d’Émilie Rousset, une plongée au cœur des cabinets d’avocats spécialisés en droit de la famille, où se croisent récits intimes et enjeux juridiques.

  • Le spectacle, à la frontière entre documentaire et théâtre, donne la parole à avocats, justiciables et acteurs associatifs.
  • Il aborde des thèmes sensibles tels que le divorce, les violences conjugales, l’inceste et les discriminations liées à l’orientation sexuelle.
  • La pièce interroge les contradictions et les failles du système judiciaire à travers des témoignages poignants et des situations concrètes.

Émilie Rousset, nommée directrice artistique du CDNO (Centre dramatique national d’Orléans) en juillet 2024, poursuit son exploration du réel à travers une mise en scène qui brouille les frontières entre le document et la fiction. Affaires familiales, présentée jusqu’au 12 décembre, est le fruit d’une enquête approfondie menée auprès de professionnels du droit et de personnes concernées par les questions familiales.

Sur scène, les comédiens évoluent dans un espace minimaliste, un « espace bi-frontal, une page blanche » selon les termes de la metteuse en scène, où les frontières entre le public et les acteurs s’estompent. Ils interagissent avec le public, fouillent dans leurs affaires, créant une proximité troublante. Le spectacle est également marqué par la présence de plusieurs langues – espagnol, portugais et italien – traduites en direct par les interprètes, soulignant la dimension transnationale des problématiques abordées.

Les témoignages, enregistrés à l’origine, sont projetés sur le fond de scène, donnant ainsi une voix directe aux personnes concernées. David, un Italien en couple avec un homme et père d’un enfant né par gestation pour autrui (GPA) aux États-Unis, témoigne de la violence institutionnelle dont il est victime dans son pays. Isabelle, Portugaise, revient sur son engagement dans le mouvement LGBT et les luttes pour le mariage pour tous et la procréation médicalement assistée (PMA). Une policière espagnole présente, quant à elle, le modèle de son pays, où la lutte contre les violences intrafamiliales est une priorité.

La pièce, structurée en neuf tableaux, explore les tensions entre le droit et le militantisme. Une avocate refuse l’étiquette d’« avocate militante », qu’elle juge réductrice, tandis qu’une autre affirme que les deux sont indissociables. Ces divergences de points de vue illustrent la manière dont le droit façonne – ou déforme – les histoires personnelles, avec des conséquences variables selon les pays.

Plusieurs scènes mettent en lumière les absurdités et les contradictions de la loi. Une avocate raconte une affaire d’homoparentalité des années 1990, où elle a perdu le procès face à un juge ouvertement homophobe. La loi ignorait alors l’existence même des familles homosexuelles. Aujourd’hui, elle milite pour remplacer les termes « père » et « mère » par « parent », afin de mieux refléter la diversité des réalités familiales et de corriger certaines incohérences juridiques. Elle souligne que, selon la loi actuelle, une femme transgenre qui accouche est automatiquement désignée comme « mère », ce qui contredit son identité.

En Italie, la situation d’un couple gay ayant recours à la GPA révèle d’autres paradoxes : bien qu’ils respectent les lois américaines, l’un des deux pères est considéré comme le « père biologique », tandis que l’autre doit entamer une procédure d’adoption longue et humiliante. Depuis 2024, la GPA est considérée comme un crime universel en Italie, au même titre que la pédophilie, l’esclavage et la torture.

Enfin, un autre avocat aborde la question de l’inceste, dénonçant la misogynie structurelle du système judiciaire : la parole des mères est souvent discréditée, celle des enfants ignorée, et l’enfant est parfois confié au père incestueux. Le tabou de l’inceste persiste dans les juridictions, où l’idéologie de la famille traditionnelle semble primer sur la protection des victimes. Une avocate confie, vers la fin du spectacle : « Si les gens savaient, ils ne porteraient pas plainte ».

Affaires familiales démontre que le droit, loin d’être neutre, structure nos vies et peut même engendrer de l’injustice. Face aux violences tues, aux discriminations institutionnelles et aux tabous persistants, il est urgent de faire évoluer les lois et les mentalités.

Prochaines représentations au CDNO

  • vendredi 5 décembre à 20h00
  • samedi 6 décembre à 17h00
  • mercredi 10 décembre à 20h00
  • jeudi 11 décembre à 19h00
  • vendredi 12 décembre (complet)

Plus d’informations sur le site du CDN

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.