Publié le 19 octobre 2025. La Bolivie se prépare à un second tour présidentiel crucial, après un premier tour qui a vu l’émergence d’un outsider et le déclin du parti au pouvoir, sur fond de crise économique persistante.
- Le candidat centriste Rodrigo Paz affrontera l’ancien président conservateur Jorge Quiroga au second tour.
- Le Mouvement vers le Socialisme (MAS), au pouvoir depuis 20 ans, a subi une défaite cuisante au premier tour, obtenant un score insuffisant pour maintenir son statut juridique.
- La Bolivie est confrontée à une grave crise économique, marquée par une pénurie de dollars, une inflation galopante et une dette publique croissante.
Après deux décennies de domination du Mouvement vers le Socialisme (MAS), le paysage politique bolivien semble en pleine mutation. Le premier tour de l’élection présidentielle d’août dernier a révélé une profonde insatisfaction populaire et l’ascension inattendue de Rodrigo Paz, un sénateur centriste qui se présentait comme une alternative aux forces politiques traditionnelles. Il affrontera désormais Jorge Quiroga, un ancien président conservateur, lors du second tour prévu ce 19 octobre.
La campagne de Paz a pris de l’ampleur grâce à un colistier atypique, Edman Lara, un ancien policier devenu héros populaire après avoir dénoncé la corruption sur TikTok. Ensemble, ils ont parcouru le pays en promettant une nouvelle approche politique, un « capitalisme pour tous » qui préserverait les programmes sociaux du MAS tout en libéralisant l’économie et en luttant contre la corruption. Cette stratégie a porté ses fruits, notamment dans les hautes terres boliviennes, où ils ont obtenu près de 50 % des voix.
Le MAS, autrefois incontournable, a subi un revers spectaculaire. L’actuel président, Luis Arce, et son prédécesseur charismatique, Evo Morales, se sont disputés le leadership du parti avant l’élection. Lorsque les sondages ont révélé un soutien quasi inexistant à Arce, il a renoncé à sa candidature. Morales, quant à lui, a appelé ses partisans à invalider leur bulletin de vote après avoir été empêché de se présenter en raison d’une décision de justice. Environ 20 % des électeurs ont suivi cet appel.
Jorge Quiroga, 65 ans, représente l’opposition traditionnelle. Il a brièvement occupé la présidence en 2001, après la démission de son prédécesseur, et tente pour la quatrième fois d’accéder au pouvoir. Il dénonce le règne du MAS comme « 20 années perdues » et promet un changement radical. Son soutien est le plus fort dans le centre agro-industriel de Santa Cruz, le département le plus peuplé et le plus dynamique économiquement de Bolivie, qui s’oppose traditionnellement au MAS.
La situation économique de la Bolivie est alarmante. Au début de 2023, la banque centrale était à court de dollars, limitant l’accès des Boliviens à leur propre épargne en devises étrangères. Le marché noir propose des dollars à près du double du taux de change officiel. Le gouvernement vend de l’or pour financer les importations de carburant, mais les pénuries persistent. L’inflation a atteint 18 % en septembre dernier, et la dette publique représente désormais 92 % du produit intérieur brut (PIB).
Selon les sondages, Quiroga dispose d’une légère avance sur Paz, de quatre à huit points, avant le second tour. Cependant, de nombreux observateurs restent sceptiques, car les sondages n’avaient pas anticipé la performance de Paz au premier tour. « Ici, à El Alto, beaucoup pensent que les sondages sont manipulés en faveur de Quiroga », explique Pablo Mamani, sociologue aymara.
Quel que soit le vainqueur, la priorité absolue sera de redresser l’économie bolivienne. Cela passera par l’obtention de devises étrangères et la garantie de l’approvisionnement en carburant. Quiroga a déclaré qu’il se tournerait vers le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir un prêt. Paz, quant à lui, affirme qu’un prêt ne sera pas nécessaire une fois la corruption réduite et la confiance rétablie, ce qui encouragerait les Boliviens à sortir leur argent de leur cachette. Les deux candidats ont déjà entamé des négociations à Washington.
Des changements majeurs s’imposent, notamment en ce qui concerne les subventions aux carburants, qui ont coûté 2 milliards de dollars en 2023, soit près de 4 % du PIB. Il faudra également réduire le déficit budgétaire, qui dépasse les 10 % du PIB. Les ministères pléthoriques et les entreprises publiques déficitaires seront examinés de près. La Bolivie pourrait attirer des investissements étrangers dans les secteurs minier, pétrolier et gazier en stimulant ses exportations agro-industrielles. Cependant, un système judiciaire indépendant devra être reconstruit après des années d’ingérence du MAS. À terme, il faudra également assouplir le taux de change fixe.
La question est de savoir ce que les Boliviens sont prêts à accepter. En 2010, une tentative de Morales de supprimer les subventions aux carburants avait provoqué des manifestations qui l’avaient contraint à faire marche arrière. Les citoyens sont désormais conscients de la nécessité d’un changement, mais le prochain président est confronté à un dilemme : agir trop lentement risquerait de gaspiller son capital politique tandis que l’économie se détériorerait ; agir trop vite pourrait plonger le pays dans la récession. Pour les électeurs, Paz et Quiroga incarnent ces risques. « C’est là tout le débat », estime Daniel Agramont, économiste. « Gradualité ou choc ? »
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