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Arabie saoudite : déficit record de 33,5 milliards $ en 2026, crise pétrolière aggrave la dette

by Clara Dubois
Un déficit budgétaire qui creuse la dette

Le royaume saoudien a enregistré un déficit budgétaire record de 125,7 milliards de riyals (33,5 milliards de dollars) au premier trimestre 2026, le plus élevé depuis 2018, alors que la fermeture effective du détroit d’Ormuz a réduit ses exportations de pétrole de moitié, selon les données officielles publiées le 6 mai.

Un déficit budgétaire qui creuse la dette

La situation financière de l’Arabie saoudite se dégrade à un rythme alarmant. Le déficit budgétaire du premier trimestre 2026, à 125,7 milliards de riyals, représente une hausse spectaculaire par rapport aux prévisions initiales, qui tablaient sur un déficit bien moindre. Cette détérioration s’explique en grande partie par la chute des revenus pétroliers, conséquence directe de la fermeture partielle du détroit d’Ormuz depuis mars 2026, qui a forcé Riyad à réduire ses exportations à environ 5 millions de barils par jour, contre plus de 10 millions auparavant. Selon Goldman Sachs, le déficit pour 2026 pourrait atteindre 6 à 6,6 % du PIB, soit presque le double des prévisions officielles de 44 milliards de dollars.

Un déficit budgétaire qui creuse la dette
Saudi Arabia sovereign wealth fund IMF meeting 2024

Cette pression budgétaire s’ajoute à une dette publique déjà élevée. Bien que les réserves de change du pays restent substantielles, la dépendance persistante aux revenus pétroliers et la nécessité de financer des mégaprojets comme NEOM ou la vision 2030 ont épuisé une partie des marges de manœuvre. Le gouvernement saoudien se retrouve désormais face à un choix cornélien : soit réduire l’ambition de ses projets phares, soit s’endetter davantage ou puiser dans les réserves.

NEOM et le report des mégaprojets

Les signes d’un ralentissement des investissements se multiplient. NEOM, l’entité publique chargée de la réalisation de projets futuristes comme « The Line » (une ville linéaire de 170 kilomètres prévue pour coûter plus de 1 000 milliards de dollars), a annoncé le 22 mai dernier le report de la construction de ce projet jusqu’après 2030. Des contrats majeurs ont été annulés en mars, signalant un réajustement en cours. Selon des rapports récents, le budget initial de 500 milliards de dollars pour NEOM pourrait être revu à la baisse, ou du moins étalé sur une période plus longue.

NEOM et le report des mégaprojets
Arabie Cette

Cette décision intervient alors que l’Arabie saoudite tente de diversifier son économie, mais que les investissements dans les secteurs non pétroliers (tourisme, immobilier, infrastructures) peinent à compenser la baisse des revenus pétroliers. Le gel des paiements aux cabinets de conseil, annoncé le 21 mai, illustre également la rigueur budgétaire imposée par les circonstances. Les autorités saoudiennes cherchent désormais à équilibrer leurs priorités entre la stabilité financière et la poursuite des ambitions de modernisation.

Aramco, seul rempart financier

Dans ce contexte, Saudi Aramco, la compagnie pétrolière nationale, joue un rôle crucial. Malgré les tensions géopolitiques, Aramco a annoncé le 10 mai un bénéfice net record pour le premier trimestre 2026, à 120,1 milliards de riyals (33,6 milliards de dollars), soit une hausse de 25 % par rapport à la même période en 2025. Cette performance s’explique notamment par la hausse des prix du pétrole, tirés par les tensions dans le détroit d’Ormuz, et par l’utilisation maximale du pipeline Est-Ouest, qui permet de contourner les routes traditionnelles.

How Mohammed bin Salman Controls Saudi Arabia’s Wealth

Cependant, même Aramco ne peut à elle seule combler le déficit budgétaire. Le groupe a déclaré un dividende de 21,9 milliards de dollars pour le premier trimestre, mais la croissance des dépenses en capital (12,1 milliards de dollars au premier trimestre) montre que la compagnie reste engagée dans des projets d’expansion. La question qui se pose désormais est de savoir si ces revenus supplémentaires seront suffisants pour éviter un endettement accru ou des coupes budgétaires plus drastiques.

Quels scénarios pour l’avenir ?

Deux options se dessinent pour Riyad. La première consiste à réduire l’ampleur des mégaprojets, comme le suggère déjà le report de « The Line ». Cela impliquerait une révision à la baisse des ambitions de diversification économique, mais permettrait de préserver les réserves et de limiter la dette. La seconde option serait d’accroître l’endettement, en s’appuyant sur les réserves de change ou en émettant de nouveaux titres souverains, comme cela a été fait par le passé.

Quels scénarios pour l’avenir ?
Saudi Crown Prince MBS economic crisis 2024

Les analystes estiment que le gouvernement saoudien privilégiera probablement une combinaison des deux approches : un ralentissement partiel des projets les moins prioritaires, couplé à une augmentation modérée de la dette. Cependant, cette stratégie comporte des risques. Une croissance trop lente des investissements pourrait freiner la création d’emplois et la diversification économique, tandis qu’un endettement excessif pourrait effrayer les marchés financiers.

À court terme, l’Arabie saoudite devra également gérer les conséquences de la guerre indirecte entre les États-Unis et l’Iran, qui continue de perturber les exportations pétrolières. Si la situation dans le détroit d’Ormuz devait s’aggraver, les revenus pétroliers pourraient chuter encore davantage, forçant Riyad à prendre des mesures plus radicales.

Conclusion : une transition difficile

L’Arabie saoudite se trouve à un carrefour. Le modèle économique basé sur les revenus pétroliers, couplé à des investissements massifs dans des projets ambitieux, a atteint ses limites. Le déficit budgétaire record, la réduction des exportations de pétrole et la nécessité de financer des mégaprojets comme NEOM ou la vision 2030 rendent la situation financière du royaume particulièrement délicate.

Les décisions prises dans les prochains mois seront déterminantes. Si Riyad parvient à équilibrer ses priorités entre stabilité financière et modernisation, elle pourrait encore éviter une crise majeure. Mais si les tensions géopolitiques persistent et que les revenus pétroliers continuent de chuter, le royaume pourrait être contraint à des choix douloureux, avec des répercussions sur son économie et sa crédibilité internationale.

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