Publié le 2026-01-02 21:20:00. De ses débuts discrets dans les clubs de Lima à la scène mondiale, Bad Bunny, l’artiste portoricain au succès fulgurant, est devenu une figure incontournable de la musique, mais aussi un symbole de la culture latine, suscitant aujourd’hui l’attention – et les critiques – des plus hautes sphères du pouvoir en Amérique du Nord.
- Bad Bunny a connu des débuts modestes à Lima en 2017, se produisant dans de petits clubs pour quelques milliers de soles par soirée.
- L’artiste est devenu l’un des plus écoutés sur Spotify, dépassant des stars comme Taylor Swift, et attire l’attention de personnalités politiques.
- Son ascension et son franc-parler sur des questions de genre et d’identité culturelle en font une cible pour les conservateurs.
Huit ans après ses premiers pas sur scène dans la capitale péruvienne, Bad Bunny est au sommet de sa gloire. En 2025, avec la sortie de son sixième album studio, « J’aurais dû jeter plus de photos », il s’est hissé pour la troisième fois au rang d’artiste le plus écouté sur Spotify, devançant des poids lourds de l’industrie musicale comme Taylor Swift et son album à succès, « The Life of a Showgirl ». Ces chiffres impressionnants ne sont pas sans conséquences, et l’influence grandissante de l’artiste portoricain commence à inquiéter certains cercles de pouvoir.
Pourtant, l’histoire de Bad Bunny est loin d’être celle d’un succès immédiat. En 2017, le jeune artiste de 23 ans parcourait les quartiers périphériques de Lima, tels que San Juan de Lurigancho, Puente Piedra, San Juan de Miraflores et Ate, se produisant dans des clubs où la scène était à quelques mètres seulement du public. Il enchaînait jusqu’à trois concerts par soir dans des lieux comme Kenkos, La Choza ou Kapital Sur, pour des cachets compris entre 25 et 100 soles péruviennes (environ 7 à 28 dollars américains). À l’époque, Bad Bunny et tout son équipement tenaient à peine à l’arrière d’un camion.
« Il change tout le temps de costume, alors imaginez à quoi il ressemble »
José Terry, imitateur de Bad Bunny
Aujourd’hui, l’artiste est devenu une figure controversée, adorée par des millions de fans et rejetée avec autant de véhémence par ceux qui ne peuvent supporter son style musical ou son attitude. Mais au-delà des débats esthétiques, Bad Bunny est devenu une cible pour les partisans de l’ancien président américain, Donald Trump. Ce dernier, connu pour sa rhétorique anti-immigration et sa méfiance envers les Latinos, voit en l’artiste portoricain un symbole de ce qu’il dénonce. La possibilité que Bad Bunny soit choisi pour animer le spectacle de mi-temps du Super Bowl 2026 a provoqué l’ire de Trump, qui a qualifié cette idée de « ridicule ».
Bad Bunny donne un spectacle à Callao pour l’anniversaire des Sport Boys en 2017, lors de sa première visite dans notre pays.
Bad Bunny avait d’ailleurs anticipé ces réactions en annonçant qu’il ne donnerait pas de concerts aux États-Unis pour son album actuel, craignant que ses spectacles ne soient utilisés comme prétexte pour persécuter ou expulser son public. Lors de son passage au Saturday Night Live, il a répondu aux critiques en lançant : « Si vous n’avez pas compris ce que je viens de dire, vous avez quatre mois pour apprendre l’espagnol ». Une déclaration qui, sans mentionner directement Trump, affirmait sa détermination à ne pas se laisser instrumentaliser.
L’album « J’aurais dû jeter plus de photos » témoigne d’une réflexion profonde sur les racines et le pouvoir de la langue espagnole dans un contexte de plus en plus hostile aux étrangers et aux minorités. Pour le musicologue Francisco Melgar Wong, l’une des clés du succès de Bad Bunny réside dans sa capacité à rester fidèle à son identité tout en atteignant une renommée internationale. Porto Rico devient ainsi, dans cet album, une représentation à la fois matérielle et métaphorique de cette identité.
Bad Bunny imite le personnage de « Quico » dans un sketch du programme Saturday Night Live. (Photo : BNC)
L’impact de Bad Bunny dépasse les stades remplis et se manifeste dans la vie de personnes comme José Terry, un imitateur portoricain de Lima qui a trouvé dans le style de l’artiste une nouvelle voie d’expression. Il se souvient d’anecdotes surréalistes, comme avoir été débarqué d’un avion pour prendre une photo en pleine manche. Pour Terry, le succès de Bad Bunny réside dans sa capacité à créer des vibrations positives et à connecter avec son public.