Une soirée d’intégration étudiante à la faculté de médecine de Toulouse a viré au cauchemar le 24 septembre, avec l’hospitalisation de trois étudiants, dont une en urgence absolue. Les faits, qualifiés d’« aberrants », relancent le débat sur la persistance des pratiques de bizutage dans les établissements de santé, malgré leur interdiction.
Selon les premiers éléments de l’enquête, une cinquantaine d’étudiants de première année ont été abandonnés en sous-vêtements, au milieu de la nuit, dans la forêt domaniale de Bouconne, située à une vingtaine de kilomètres de Toulouse. Ils avaient été conduits sur place dans le cadre d’une course d’orientation organisée par des étudiants plus âgés, et étaient fortement alcoolisés. La température avait chuté de manière significative au moment de leur abandon.
L’alerte a été donnée par un automobiliste qui a signalé aux gendarmes avoir aperçu une jeune femme ligotée à un arbre avec du scotch, ainsi que d’autres individus visiblement éméchés et peu vêtus, rapporte le média local Ici Occitanie. Les secours ont dû déployer un drone, des équipes cynophiles et même des plongeurs pour localiser les étudiants égarés dans les bois.
Une enquête a été ouverte pour « bizutage aggravé, mise en danger de la vie d’autrui et violences volontaires en réunion ». Frédéric Cousin, secrétaire général du parquet de Toulouse, a déclaré à l’AFP : « Cette situation aurait pu aboutir à des faits beaucoup plus graves et relève évidemment de qualifications pénales. » La faculté de médecine de Toulouse a également déposé une plainte pour engager des actions judiciaires et disciplinaires.
L’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), dont la présidente, Marion Da Ros Poli, a qualifié les événements d’« aberrants », a réagi en soulignant que ces pratiques se déroulaient en dehors de tout cadre associatif ou institutionnel. « Les éléments […] indiquent que la situation évoquée a été menée en dehors de tout cadre associatif et institutionnel, [ce qui] rappelle collectivement la nécessité de redoubler d’efforts pour éradiquer ces pratiques en mobilisant l’ensemble des acteurs de la vie étudiante », a-t-elle déclaré. L’Anemf apporte son soutien aux victimes et les encourage à signaler tout comportement problématique.
Ces faits interviennent alors que plusieurs universités françaises sont confrontées à la question du bizutage. En 2018, des étudiants infirmiers du CHU de Toulouse avaient déjà été victimes d’humiliations et attachés dans un amphithéâtre. Plus récemment, en avril dernier, l’université Côte d’Azur a suspendu les événements festifs alcoolisés et les rites d’intégration après un bizutage ayant conduit à l’hospitalisation d’un étudiant en médecine à Nice. À Tours, une mission d’inspection a révélé en mars dernier des violences sexistes et sexuelles et des pratiques de bizutage « systémiques » au sein de la faculté de médecine, conduisant l’université à présenter un plan d’action.