Publié le 26 décembre 2025 à 21h50. Quittant Bodø après plus de deux ans, un anthropologue social partage ses observations sur les particularités de cette ville norvégienne, de son climat impitoyable à ses habitants résilients et à leur amour inattendu des plages.
- Les habitants de Bodø semblent indifférents aux conditions météorologiques extrêmes, acceptant le vent et la pluie comme faisant partie intégrante de leur quotidien.
- La plage occupe une place centrale dans la vie des Bodøværings, même si l’eau reste glacialement froide la plupart du temps.
- Un attachement surprenant à la terre agricole locale, Rønvikjorda, empêche tout développement urbain à proximité.
Après avoir vécu dans diverses localités, notamment Trollvik, Tromsø et Streatham, un anthropologue social tire son chapeau à Bodø, une ville balayée par les vents où l’on ne s’offusque jamais de la météo. Il relate comment, même face à des événements comme l’effondrement d’une fenêtre au septième étage d’un immeuble à cause d’une bourrasque, ses collègues se contentaient de commenter la force du vent avec une nonchalance déconcertante. « Il soufflait fort aujourd’hui », disaient-ils, avant de reprendre le cours de leur journée. Une philosophie pragmatique résumée par l’adage local : « Nous savons où nous vivons ».
L’attachement des habitants de Bodø à leurs plages est tout aussi surprenant. Terje Nilsen, grâce à son succès radiophonique, a contribué à rendre la plage de Mjelle emblématique, mais de nombreux autres sites de baignade attirent également les locaux. Paradoxalement, rares sont ceux qui osent se baigner lorsque le temps est clément. La baignade est perçue davantage comme un défi que comme un plaisir, et les bains de glace hivernaux sont monnaie courante. L’ancien rédacteur en chef de Bodø Nu, Geir Are Jensen, a d’ailleurs poussé l’habitude à écrire un livre sur le sujet. Le maire Odd Emil Ingebrigtsen semble également adepte de cette pratique, peut-être pour compenser les coupes budgétaires drastiques dans les services sociaux et l’éducation.
Un autre trait distinctif de Bodø réside dans l’importance accordée à la terre agricole de Rønvikjorda, située en plein cœur de la ville. Cette vaste zone, qui produit principalement du foin, est considérée comme sacrée et toute tentative de construction à proximité est fermement opposée. On se demande comment les urbanistes ont pu laisser une telle étendue de terre agricole intacte au milieu d’un centre urbain.
La vie culturelle de Bodø est également particulière. Malgré un manque de sophistication évident, les habitants sont ouverts à tous les genres musicaux. Il est courant d’assister à un concert de jazz, à une jam session, à un concert de musique contemporaine et à un concert de hard rock au cours de la même semaine. Un ami de l’auteur, dans la soixantaine, a même déclaré avec une nonchalance déconcertante :
« Devrions-nous aller au Witch Club Satan ce week-end ? Je les ai vus la dernière fois qu’ils étaient ici, et c’était sacrément bien. »
Ami de l’auteur
Enfin, l’auteur souligne l’omniprésence du jaune, la couleur de Bodø/Glimt, l’équipe de football locale. Les supporters ne se contentent pas de porter les couleurs de leur équipe lors des matchs, mais adoptent un style vestimentaire entièrement jaune, y compris des pulls tricotés et des vestes à bulles. Un choix vestimentaire qui ne plaît pas forcément aux Italiens soucieux de leur apparence lors de leurs visites européennes.
L’auteur conclut en évoquant le paradoxe de l’université de Bodø, située à 11 kilomètres du centre-ville, comme si l’on souhaitait intentionnellement isoler les étudiants du reste de la population. Malgré ces particularités, Bodø reste une ville chaleureuse et accueillante, où l’on peut facilement engager la conversation avec des inconnus et se sentir comme chez soi.
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