Publié le 26 décembre 2025 à 21h11. Le cinéma indien est en pleine mutation, avec l’ascension fulgurante des productions du sud du pays qui bousculent la domination traditionnelle de Bollywood, tout en mettant en lumière des réalités sociales profondes.
- Le film Kantara : A Legend, deuxième plus gros succès indien de 2025, incarne cette nouvelle vague cinématographique.
- Les films en langues régionales, tels que le kannada et le telugu, connaissent un succès croissant auprès du public.
- Des œuvres engagées comme Homebound, qui aborde la question des castes, cherchent à trouver leur place dans un paysage cinématographique en évolution.
L’industrie cinématographique indienne est témoin d’un bouleversement majeur. Si Bollywood, autrefois incontournable, semble en crise, les productions du sud du pays, en particulier celles en kannada et en telugu, connaissent un succès retentissant. Kantara : A Legend, réalisé par Rishab Shetty, en est l’exemple le plus frappant. Ce film, qui explore les thèmes de la foi, de la culture et de la dévotion, a captivé un large public et s’est hissé à la deuxième place du box-office indien en 2025.
Contrairement aux productions traditionnelles de Bollywood, tournées à Mumbai et destinées principalement à un public de langue hindi, Kantara a été filmé en kannada, une langue parlée par plus de 50 millions de personnes dans le sud de l’Inde. L’histoire se déroule dans une forêt mystérieuse, peuplée de forces surnaturelles, et rappelle, selon certains, le film The Northman, tout en s’inspirant des légendes locales et des traditions animistes.
Ce succès s’inscrit dans la lignée d’autres films du sud de l’Inde, tels que Pushpa 2 : The Rule, un thriller d’action sur la contrebande de bois de santal, et Kalki 2898 AD, une dystopie futuriste. Ces productions, issues d’Hyderabad et de Bangalore, ont prouvé qu’il était possible de sortir du cadre du cinéma régional et de toucher un public national, voire international.
Parallèlement à cette émergence du sud, des films comme Homebound, inspiré d’un article du New York Times de 2020, cherchent à aborder des questions sociales cruciales, comme la discrimination fondée sur la caste. Réalisé par Neeraj Ghaywan, ce film raconte l’histoire de deux jeunes hommes qui tentent de devenir policiers dans un contexte de chômage et d’inégalités. Lors de la première du film à New York, le réalisateur a comparé la discrimination envers les Dalits, le groupe social le plus bas de la hiérarchie indienne, à une pandémie, soulignant que cette discrimination est profondément ancrée dans la société.
« Naître Dalit, c’est se laisser convaincre qu’on est infecté par un virus incurable. »
Neeraj Ghaywan, réalisateur de Homebound
Si ces films engagés peinent à trouver leur public dans les salles de cinéma, le cinéma d’art et d’essai continue de se développer, malgré les difficultés de financement et l’augmentation des prix des billets. Les plateformes de streaming, comme Netflix et Amazon Prime, ont contribué à homogénéiser les tendances, mais elles n’ont pas encore réussi à offrir une alternative viable aux productions commerciales.
L’avenir du cinéma indien reste incertain. Alors que le sud du pays transforme les mythes en succès commerciaux et que Mumbai lutte pour retrouver son lustre d’antan, des films comme Homebound rappellent qu’il existe une autre forme de cinéma, enracinée dans la réalité de 1,4 milliard d’Indiens. Reste à savoir si ces œuvres trouveront le public qu’elles méritent et si elles pourront contribuer à un changement social positif.

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(1) Figure sur la liste des finalistes des Oscars.
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Andy Mukherjee est un chroniqueur de Bloomberg Opinion qui couvre les entreprises industrielles et les services financiers en Asie. Auparavant, il a travaillé pour Reuters, le Straits Times et Bloomberg News.
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