Le 4 mars 1933, sous un ciel gris et balayé par le vent, Franklin D. Roosevelt a prêté serment en tant que 32e président des États-Unis, marquant le début d’une nouvelle ère pour un pays plongé dans la crise économique.
À retenir
- Malgré la paralysie qui le handicapait, Roosevelt a insisté pour monter à la tribune sans assistance, symbolisant sa détermination à affronter les défis à venir.
- Son discours inaugural a mis l’accent sur la nécessité de surmonter la peur et de restaurer la confiance des Américains, tout en esquissant une nouvelle approche de la politique étrangère basée sur le respect mutuel.
- L’investiture de Roosevelt a coïncidé avec une crise bancaire aiguë et un scepticisme généralisé, mais ses premières mesures audacieuses ont rapidement redonné espoir à la nation.
Contexte
L’Amérique des années 1920 avait connu une période de prospérité sans précédent, portée par l’essor de l’automobile et l’abondance du pétrole. Cependant, cette croissance s’était accompagnée d’une spéculation financière excessive et d’un recours massif au crédit. Le krach boursier d’octobre 1929 a brutalement mis fin à cette décennie dorée, plongeant le pays dans une dépression économique profonde. Les banques, ayant prêté au-delà de leurs capacités, se sont effondrées les unes après les autres, entraînant avec elles l’épargne de millions d’Américains.
Dans un contexte mondial encore marqué par les séquelles de la Première Guerre mondiale (1914-1918), les États-Unis avaient initialement tenté de s’isoler des problèmes économiques internationaux. La loi tarifaire Smoot-Hawley de mai 1930, censée protéger l’industrie américaine, a en réalité déclenché une guerre commerciale mondiale, aggravant la crise. À l’approche de son investiture, le pays était au bord du gouffre : les dépôts bancaires avaient diminué de deux tiers et une nouvelle panique bancaire secouait le pays en février 1933.
Roosevelt, frappé par la poliomyélite plus de dix ans auparavant et paralysé des jambes, a surmonté d’importantes difficultés physiques pour assister à la cérémonie. Escorté par son fils James, il a refusé d’être transporté en fauteuil roulant, insistant pour marcher, bien que difficilement, les cinquante mètres qui le séparaient de la tribune sur la façade est du Capitole. Ce geste symbolisait sa volonté de relever le défi et de ne pas commencer sa présidence sous le signe de la faiblesse.
Ce qui change
Dans son discours inaugural, Roosevelt a exhorté les Américains à ne pas céder à la peur, affirmant que « la seule chose que nous devons craindre, c’est la peur elle-même. » Il a promis de prendre des mesures énergiques pour relancer l’économie et a annoncé une nouvelle politique étrangère basée sur le « bon voisinage », caractérisée par le respect mutuel et la coopération avec les autres nations, en particulier celles d’Amérique latine. Cette approche marquait une rupture avec l’interventionnisme traditionnel des États-Unis dans la région, qui avait souvent été perçu comme impérialiste.
Les premiers « Cent Jours » de la présidence Roosevelt ont été marqués par une série de réformes audacieuses, notamment l’adoption d’une loi bancaire d’urgence et la mise en place de programmes de travaux publics visant à créer des emplois. Ses « Fireside Chats » à la radio, où il s’adressait directement aux Américains dans un style accessible et rassurant, ont contribué à restaurer la confiance dans le gouvernement et à mobiliser le soutien populaire à ses politiques. En cinq jours, un projet de loi bancaire a été adopté après seulement huit heures de débat parlementaire.
Prochaines étapes
Roosevelt s’est engagé à mettre en œuvre un programme ambitieux de réformes économiques et sociales, connu sous le nom de « New Deal », pour lutter contre la pauvreté, le chômage et l’instabilité financière. Il a également promis de promouvoir la démocratie et la prospérité en Amérique latine, en abandonnant les politiques interventionnistes du passé. La Convention de Montevideo en décembre 1933, où le secrétaire d’État Cordell Hull a soutenu une déclaration affirmant le droit de chaque État à ne pas intervenir dans les affaires intérieures des autres, a marqué un tournant dans les relations américaines avec la région. Les Marines américains ont été retirés d’Haïti et l’amendement Platt, qui autorisait l’intervention américaine à Cuba, a été abrogé.
Chiffres clés
- Baisse des dépôts bancaires : environ deux tiers entre 1929 et 1933
- Augmentation des cours boursiers : +15 % le lendemain de la réouverture des banques
- Retour de capitaux dans les banques : 1 milliard de dollars dans les semaines suivant la réouverture
Sources
Discours inaugural de Franklin D. Roosevelt, 4 mars 1933.
