Dr O’Sullivan et Reid dénoncent un système de santé néo-zélandais « dangereux » pour les Māori
Wellington, Nouvelle-Zélande — Deux figures majeures de la santé publique en Nouvelle-Zélande ont vivement critiqué le système de santé du pays, le qualifiant de « dangereux » pour la population Māori, lors d’une intervention sur TVNZ’s Marae. Selon eux, les inégalités persistantes, aggravées par un manque de compétences culturelles et des décisions politiques controversées, aggravent une situation déjà critique.
Des écarts sanitaires persistants et documentés
Les données du Ministry of Health confirment des disparités alarmantes : en moyenne, les Māori meurent sept ans plus tôt que les non-Māori, sont deux fois plus susceptibles de souffrir de diabète ou de mourir d’une maladie cardiovasculaire, et présentent des taux de survie inférieurs dans 23 des 24 cancers les plus mortels. Pour la professeure Papaarangi Reid, cheffe du département des sciences médicales et de la santé à l’Université d’Auckland, ces inégalités ne sont pas accidentelles, mais le résultat de facteurs systémiques et multiformes impliquant directement les prestataires de soins.


« Une fois pris en charge, les Māori reçoivent moins de soins, moins d’ordonnances, moins de références, et accèdent aux soins plus tardivement à chaque étape du parcours médical », a-t-elle expliqué. Selon elle, ces retards et ces lacunes – observés aussi à l’international – ne pourront être comblés par une seule mesure. « Il faut agir sur tous les déterminants de la santé : logement, emploi, mais aussi sur des systèmes de santé conçus pour répondre aux besoins Māori. »
Reid insiste sur la nécessité d’une sécurité culturelle, c’est-à-dire d’une prise de conscience par les professionnels de santé sur les différences de traitement qu’ils peuvent appliquer, souvent sans s’en rendre compte. « Comment développer cette auto-évaluation ? Comment mettre en place des mécanismes pour garantir que tous les praticiens offrent des soins équitables ? »
Un système « dangereux » selon Dr O’Sullivan
Dr Lance O’Sullivan, ancien lauréat du titre de New Zealander of the Year, partage ce diagnostic sévère. Pour lui, le système de santé néo-zélandais est non seulement inefficace pour les Māori, mais aussi dangereux. « Il ne sert pas les Māori, et les récents débats le montrent clairement : c’est un système où les outils – qu’ils soient matériels ou relationnels comme le whanaungatanga [l’établissement de liens] – font défaut. Sans eux, nos populations subissent un système encore plus risqué. »
O’Sullivan souligne que le problème dépasse la relation entre non-Māori et Māori. « Beaucoup de Néo-Zélandais non Māori ont vécu des expériences similaires où un manque de compétence culturelle a nui à leur propre parcours de soins, notamment avec des professionnels dont l’anglais n’est pas la langue maternelle. Pourtant, peu considèrent cela comme une priorité dans les services de santé dédiés aux Māori. »
Pour lui, la compétence culturelle doit être aussi essentielle que la compétence clinique. « Ce n’est pas seulement une question de soins pour les Māori – c’est un enjeu pour tout le système. Mais aujourd’hui, on éclaire surtout les failles qui nous concernent en tant que partenaires du traité de Waitangi. »
Un conflit politique qui aggrave la crise
Le ton est monté récemment avec la décision du ministre de la Santé, Simeon Brown, de ne pas renouveler les mandats du président et du vice-président du Medical Council. Justifiant ce choix devant la commission de la Santé du Parlement, il a accusé l’instance d’être « distraite par la politique et un agenda idéologique », affirmant vouloir recentrer son action sur les patients et le renforcement de la main-d’œuvre médicale.

Cette position a été vivement contestée par Reid, qui y voit une instrumentalisation politique. « Affirmer que la sécurité culturelle ou les enjeux de santé des peuples autochtones relèvent d’un ‘agenda idéologique’, c’est faux, a-t-elle rétorqué. Ces questions sont traitées dans le monde entier là où des inégalités sont documentées. »
Elle dénonce par ailleurs une ingérence sans précédent dans les autorités de régulation indépendantes. « Le gouvernement ne se contente pas de modifier la composition du Medical Council : il a aussi démissionné six Māori du Nursing Council, réduisant ainsi leur représentation. » Pour Reid, ces décisions sapent la crédibilité des instances censées protéger la qualité des soins – et, in fine, aggravent les risques pour les populations déjà vulnérables.
Alors que les inégalités sanitaires persistent, les deux experts appellent à une réforme en profondeur, combinant whanaungatanga, formation culturelle obligatoire des professionnels, et protection des mécanismes de régulation contre les interférences politiques.
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