Brahim Díaz, l’attaquant madrilène d’origine malaguène, est devenu un héros national au Maroc à l’approche de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations, dimanche. Meilleur buteur de la compétition, le joueur de 26 ans, qui a disputé un seul match avec l’équipe d’Espagne, incarne l’espoir d’un deuxième sacre pour les Lions de l’Atlas.
L’histoire de Brahim Díaz est celle d’un double héritage. Né à Malaga, il est le fils de Patricia, Malaguène, et de Sufiel, né à Melilla, enclave espagnole sur la côte nord-africaine, d’une famille marocaine. Dès son plus jeune âge, il a grandi avec l’idée que l’identité n’est pas une affaire de singularité.
Ses racines marocaines se sont nourries de nombreux séjours à Nador, où il rendait visite à sa grand-mère et à ses cousins. Il se souvient avoir été vêtu comme n’importe quel garçon marocain, apparaissant sur des photos familiales portant le voile traditionnel aux côtés de sa grand-mère. Il résume lui-même cette dualité : « J’ai toujours ressenti 100% espagnol et 100% marocain. »
Avant de s’imposer sur les grands terrains, Brahim a été formé par le futsal. Dès l’âge de quatre ou cinq ans, il apprenait à se déplacer dans des espaces réduits, une influence qui se manifeste encore aujourd’hui dans son jeu : contrôle de balle précis, dribbles dans les zones encombrées, accélérations explosives et capacité à frapper du bout du pied lorsque le temps manque.
Il a ensuite évolué au football à sept, jouant pour des équipes modestes de Malaga comme Tiro Pichon et Mortadelo. Bien que Malaga ait manifesté son intérêt dès l’âge de cinq ou six ans, son père a privilégié la patience, optant pour de petites structures et un apprentissage sans précipitation.
Son talent a fini par éclore à Malaga, avant ses 16 ans, attirant l’attention des plus grands clubs européens. En 2010, lors d’un tournoi organisé par la légende de la radio espagnole Jose Ramon de la Morena, il a été élu meilleur joueur. Son équipe a été éliminée en demi-finale par le Real Madrid, mais il avait déjà laissé une impression en marquant contre Luca Zidane, le fils de Zinedine Zidane.
C’est Manchester City qui a ensuite fait le pari d’un projet à long terme. Brahim a rejoint l’Angleterre en 2015, sans parler un mot d’anglais. L’éducation a toujours été une priorité familiale. Un an plus tard, il signait son premier contrat professionnel. À cette époque, City n’était plus seulement un grand club, mais affichait des ambitions, une structure solide et une académie mondialement reconnue. Aujourd’hui, il parle couramment anglais et estime que Manchester lui a offert une base très solide.
Contrairement à de nombreux jeunes talents qui acceptent des prêts précoces, Brahim a refusé les raccourcis. À 17 ans, des clubs de première division espagnole, bien que modestes, lui ont proposé des prêts. Il a décliné, convaincu qu’il n’existait qu’un seul chemin : la régularité et un environnement d’élite. Sa famille entière l’a suivi à Manchester.
Le passage au Real Madrid, en 2019 pour un montant de 21 millions de livres sterling (environ 24 millions d’euros), est apparu comme une suite logique. L’opportunité était irrésistible. Cependant, ses débuts à Madrid ont été perturbés par une série de blessures qui l’ont empêché de s’installer et de gagner en continuité au Bernabéu.
Un prêt de trois saisons à l’AC Milan a suivi. C’est là que sa carrière a pris un tournant décisif : il a hérité du prestigieux numéro 10 et a joué un rôle déterminant dans le titre de Serie A remporté par Milan. Il a marqué des buts importants, s’est distingué lors de grandes soirées européennes et a fait preuve d’un leadership qui dépassait son jeune âge et sa stature.
Il est finalement revenu à Madrid, prêt à écrire un nouveau chapitre de son histoire.
