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Catastrophe 24h/24 quitte appart Vieux-Montréal à cause Airbnbs illégaux

by Nicolas Lefèvre
Un départ symbolique après des années de lutte

Le collectif « Catastrophe 24h/24 » a quitté son appartement du Vieux-Montréal début mai 2026, invoquant l’impossibilité de vivre dans un quartier envahi par les locations Airbnb illégales, alors que la Ville de Montréal multiplie les restrictions pour limiter ces hébergements touristiques.

Un départ symbolique après des années de lutte

Le collectif « Catastrophe 24h/24 », connu pour ses actions militantes contre la spéculation immobilière et les logements touristiques, a annoncé son départ de son appartement situé dans le Vieux-Montréal. Selon les membres, cette décision fait suite à l’impossibilité de vivre dans un quartier où les locations Airbnb, souvent illégales, ont rendu le marché locatif inaccessible pour les résidents permanents.

Le collectif avait précédemment multiplié les actions de sensibilisation, notamment par des distributions de tracts et des manifestations devant l’Hôtel de Ville, pour dénoncer la transformation des résidences en zones de transit. L’appartement du Vieux-Montréal servait non seulement de lieu de vie, mais aussi de point de ralliement pour l’organisation de leurs interventions sur le terrain. Les membres affirment que la disparition des commerces de proximité, remplacés par des boutiques de souvenirs et des services exclusivement tournés vers les visiteurs, a rendu leur quotidien insoutenable et a rompu le tissu social du quartier.

Le Vieux-Montréal, quartier emblématique de la ville, concentre une part importante des annonces Airbnb, malgré les interdictions en vigueur pendant les grands événements, comme le Grand Prix. Malgré les restrictions, des centaines de locations touristiques restent actives, selon des rapports récents de Radio-Canada et La Presse. En mars 2026, des propriétaires locaux, encouragés par Airbnb, ont même fait pression sur la nouvelle mairesse Soraya Martinez Ferrada pour assouplir les règles.

Un contexte de crise du logement

Montréal compte plus de 15 000 annonces actives sur Airbnb, selon L’Hebdo, un chiffre qui aggrave la pénurie de logements abordables. La Ville a adopté des mesures strictes pour limiter ces locations, notamment en interdisant les hébergements touristiques hors saison, sauf exceptions. Pourtant, malgré ces efforts, 30 % des annonces sur la plateforme restent potentiellement illicites, comme le souligne La Presse.

Pour contrer ces pratiques, la Ville s’appuie sur le Règlement sur l’hébergement touristique, qui impose aux hôtes l’affichage d’un numéro d’enregistrement valide. Selon les rapports du Service de l’urbanisme, de nombreuses inspections ont révélé l’absence de ce numéro ou l’utilisation de logements non conformes aux règles de zonage. Les contrevenants s’exposent à des amendes pouvant atteindre 6 000 $ par infraction, une mesure que la Direction de l’habitation tente de renforcer par des patrouilles accrues dans les secteurs les plus touchés. Le registre municipal des hébergements touristiques, accessible en ligne, est désormais l’outil principal utilisé par les citoyens pour signaler les irrégularités directement aux autorités. En complément, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a enregistré une hausse des appels liés aux nuisances sonores et aux problèmes de gestion des clés dans les immeubles résidentiels du Vieux-Montréal, exacerbant les tensions entre voisins et locataires de courte durée.

Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large : en mars 2023, un incendie dans un immeuble du Vieux-Montréal avait fait sept morts, dont six locataires d’un Airbnb illégal. L’incendie avait relancé le débat sur la régulation des locations touristiques, mais les annonces illégales persistent.

Lors de l’enquête menée par le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), il avait été établi que l’unité concernée ne respectait pas les normes de sécurité incendie requises pour un établissement d’hébergement commercial, notamment en ce qui concerne les issues de secours et les dispositifs de détection de fumée. Ces lacunes techniques, souvent présentes dans les locations de courte durée non déclarées, ont été citées comme un facteur aggravant lors de l’analyse des causes du sinistre par les experts en sécurité publique.

Une pression accrue sur les résidents

Les membres de « Catastrophe 24h/24 » dénoncent depuis des années l’impact des locations touristiques sur la vie des résidents. Leur départ du Vieux-Montréal s’inscrit dans une stratégie plus large de visibilité, pour alerter sur l’urgence de réguler le marché immobilier et de protéger les locataires.

Montréal, capitale de Airbnb au pays

« Nous ne pouvons plus vivre dans un quartier où les logements sont transformés en hôtels touristiques, au détriment des familles et des travailleurs locaux », expliquent-ils. Leur action s’ajoute à celles d’autres collectifs et associations qui militent pour un encadrement strict des locations Airbnb, notamment en limitant le nombre de nuits autorisées ou en imposant des quotas par immeuble.

La pression exercée par les propriétaires s’est manifestée par des représentations formelles auprès du comité exécutif de la Ville. Certains groupes de propriétaires, s’appuyant sur la défense du droit de propriété, ont contesté la légitimité des restrictions imposées par la mairesse Martinez Ferrada, arguant que ces mesures nuisent à l’économie locale et au dynamisme du quartier. Ces contestations ont conduit à plusieurs sessions d’audition devant les instances municipales, où les défenseurs du droit de louer ont plaidé pour une plus grande flexibilité des permis d’occupation.

Que reste-t-il à faire ?

La Ville de Montréal continue de durcir les règles, avec l’objectif de ramener sur le marché locatif au moins 2 000 logements d’ici la fin 2026. Ce programme de réintégration vise à transformer des unités actuellement dédiées au tourisme en logements résidentiels permanents. La Direction de l’habitation travaille en collaboration avec les inspecteurs en bâtiment pour identifier les unités qui ne respectent plus les critères de résidence principale, afin de forcer leur retour sur le marché locatif traditionnel. Les autorités municipales prévoient également un suivi rigoureux des nouveaux permis délivrés pour s’assurer qu’ils ne sont pas détournés à des fins commerciales. Cependant, l’efficacité de ces mesures reste à prouver, surtout face à la résistance des propriétaires et à la pression exercée par des géants comme Airbnb.

Le départ de « Catastrophe 24h/24 » du Vieux-Montréal marque une étape dans la lutte pour un logement accessible, mais la bataille juridique et politique est loin d’être terminée. Les prochains mois seront cruciaux pour savoir si la Ville parviendra à inverser la tendance et à restaurer un équilibre entre tourisme et vie locale.

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