Publié le 5 décembre 2025. Un mouvement israélien, Standing Together, a adopté une nouvelle approche pour résoudre le conflit israélo-palestinien, proposant une vision d’égalité des droits et de souveraineté partagée, une initiative qui pourrait marquer un tournant dans le débat politique.
- Standing Together a officiellement adopté un cadre pour une solution à deux États qui dépasse la simple division territoriale, envisageant une réalité politique où Israéliens et Palestiniens jouissent d’une liberté de mouvement et de droits égaux.
- Ce cadre propose une souveraineté partagée à Jérusalem et la reconnaissance mutuelle de l’autonomie des deux peuples, plaçant l’égalité au cœur de la solution.
- Le mouvement, déjà engagé dans l’opposition à la guerre de Gaza et l’aide humanitaire, élargit ainsi son champ d’action de la démocratie interne israélienne à l’ensemble du conflit.
Il y a quelques années, lors d’un voyage en Afrique du Sud avec un groupe d’Israéliens, Libby Lenkinski, l’auteure, a été frappée par la réponse d’un guide local à la question de la fin de l’apartheid. Celui-ci a souligné que le changement politique ne se produit pas uniquement en fonction des dynamiques internes, mais plutôt en fonction de la volonté des sociétés de saisir les opportunités lorsque le contexte mondial évolue. Cette expérience a mis en évidence l’importance de la préparation morale, de la vision politique et de la capacité organisationnelle pour agir efficacement lorsque l’histoire s’accélère.
Un voyage ultérieur en Serbie, où l’auteure a rencontré d’anciens dirigeants du mouvement Otpor, qui a contribué à renverser Slobodan Milošević, a renforcé cette conviction. Ces militants ont expliqué comment ils sont passés d’un groupe marginal à un acteur clé en développant une vision concrète d’une Serbie démocratique, offrant une alternative tangible au régime en place et à l’instabilité persistante.
Le week-end dernier, en Israël, un changement subtil s’est produit. Lors d’une réunion pour célébrer son dixième anniversaire, Standing Together – le plus grand mouvement populaire judéo-arabe du pays – a officiellement adopté un cadre pour mettre fin au conflit israélo-palestinien qui propose deux États non pas comme des entités nationales figées, mais comme des réalités politiques interconnectées. Cette vision, promue par le groupe Une terre pour tous, envisage un espace où Israéliens et Palestiniens jouissent de la liberté de mouvement et de droits égaux sur l’ensemble du territoire situé entre le Jourdain et la mer Méditerranée, ainsi qu’une souveraineté partagée à Jérusalem. Elle établit la reconnaissance mutuelle de l’autonomie comme un préalable à la paix, plutôt qu’un simple point à négocier, comme ce fut le cas lors des accords d’Oslo.
Ce vote ne constitue pas une fusion organisationnelle ni une annonce politique spectaculaire, mais plutôt l’articulation d’un horizon politique. Pendant la majeure partie de son existence, Standing Together s’est concentré sur la promotion de l’égalité au sein même d’Israël, en défendant les droits des travailleurs, un coût de la vie abordable, la lutte contre le racisme et la promotion d’une vie civique partagée. Depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, le mouvement est l’un des rares en Israël à organiser une opposition active à la guerre à Gaza, à s’engager dans des actes de désobéissance civile et à tenter de fournir une aide humanitaire face à une hostilité croissante.
En adoptant cette nouvelle orientation, Standing Together cherche à étendre son champ de responsabilité, de la démocratie interne israélienne à l’ensemble du conflit israélo-palestinien. Bien qu’il ne s’agisse que d’un groupe, d’une seule voix, cette initiative représente un recadrage de ce que l’avenir pourrait être et un moment historique où Israéliens et Palestiniens s’engagent dans un processus politique commun. Son importance réside moins dans ses détails techniques que dans son ambition structurelle : remplacer la séparation comme principe organisateur et établir l’égalité comme fondement de la paix.
Dans un contexte où l’imagination politique est en perte de vitesse, cette initiative prend une importance particulière. La vie israélienne est depuis des années régie par une logique de gestion des conflits, des troubles et du désespoir. Le public a été conditionné à considérer la guerre comme une fatalité, l’inégalité comme inévitable et une hiérarchie de pouvoir punitive comme nécessaire à la survie. Cette situation n’est pas accidentelle, mais le résultat d’une stratégie gouvernementale visant à éliminer les alternatives en les présentant comme irréalistes, naïves ou dangereuses.
Selon l’auteure, les dommages les plus durables causés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Israël ne sont peut-être pas liés à la dégradation du système électoral et des institutions démocratiques du pays, mais plutôt à un impact psychologique. Sous sa direction, la culture politique israélienne a été systématiquement vidée de tout avenir crédible, laissant une société empreinte de peur et de plus en plus incapable d’exprimer ses aspirations.
Les visions politiques globales modifient les conditions d’organisation. Lorsque les gens peuvent décrire un avenir souhaitable en termes concrets et réalisables, l’engagement politique cesse d’être purement réactif et devient constructif. Cela remodèle les alliances, modifie le langage du débat et change les types de risques que les individus et les mouvements sont prêts à prendre. L’Afrique du Sud et la Serbie l’ont compris. Récemment, la ville de New York a également connu une dynamique similaire avec l’élection du maire Zohran Mamdani, qui est passé d’un taux de soutien initial d’environ 1 % à une victoire aux élections générales grâce à un programme axé sur l’accessibilité financière et la prospérité.
L’ordre établi en Israël ne durera pas éternellement. Les régimes fondés sur le principe d’une urgence permanente ne sont pas viables. La question cruciale est de savoir s’il y aura quelque chose de prêt à le remplacer en cas de fissure. Standing Together n’a peut-être pas changé la réalité en votant en faveur d’un autre type d’avenir, mais il a clarifié à quoi cet avenir pourrait ressembler dans la pratique, et ce, dans un pays entraîné à croire qu’il n’existe pas d’avenir. Et cela, en soi, est une avancée politique significative.
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