Publié le 13 décembre 2024 à 18h22. La chaîne allemande Deutsche Welle (DW) devrait prochainement être inscrite sur la liste des « organisations indésirables » en Russie, une mesure qui pourrait entraîner des poursuites pour les personnes qui interagissent avec ses contenus.
- Deutsche Welle est sur le point d’être déclarée « organisation indésirable » par les autorités russes.
- Cette désignation expose les utilisateurs en Russie à des sanctions pénales pour de simples actions comme le partage d’articles ou de liens.
- La loi russe sur les « organisations indésirables » a été élargie pour inclure les médias internationaux.
Les autorités russes s’apprêtent à ajouter Deutsche Welle à la liste des organisations interdites sur son territoire, selon des informations rapportées par les médias russes. Bien qu’aucune confirmation officielle n’ait été émise à ce jour, cette décision s’inscrit dans une escalade des restrictions imposées aux médias étrangers en Russie.
Adoptée en 2015, la législation russe sur les « organisations indésirables » permet de fermer tout organisme non commercial recevant un financement étranger et considéré comme une menace pour l’ordre constitutionnel russe. Initialement utilisée contre les organisations non gouvernementales (ONG) étrangères, comme Human Rights Watch et Amnesty International, cette loi a été récemment modifiée en juillet 2024 pour inclure les organisations dont les fondateurs ou participants sont des agences gouvernementales étrangères. Cette modification a considérablement élargi le champ d’application de la loi, touchant désormais un nombre croissant de médias, d’instituts de recherche et d’organisations de la société civile internationales.
Deutsche Welle, déjà qualifiée d’« agent étranger » par le gouvernement russe en 2022, et dont le bureau de Moscou a été fermé la même année, est financée par le budget fédéral allemand. Le statut d’« agent étranger » a également été étendu aux journalistes de DW travaillant en Russie. La chaîne rejoint ainsi une liste déjà longue, comptant plus de 280 organisations, incluant des médias russophones tels que TV Rain, Novaya Gazeta et Meduza.
Selon l’avocat russe Ivan Pavlov, en exil et fondateur du groupe juridique Pervy Otdel (Premier Département), les conséquences pour les citoyens russes pourraient être significatives. Il explique que les autorités pourraient considérer comme une « participation aux activités d’une organisation indésirable » des actions aussi simples que la republication d’articles sur les réseaux sociaux.
« Même un ancien lien de longue date vers une publication d’un tel média sur la page de quelqu’un peut devenir un motif pour engager une procédure administrative. Et, plus tard, si quelque chose d’autre est constaté après une sanction administrative, une affaire pénale. »
Ivan Pavlov, avocat russe et fondateur de Pervy Otdel
Les sanctions administratives pour de telles infractions peuvent aller de 5 000 à 15 000 roubles (soit environ 53 à 160 euros ou 63 à 190 dollars américains). Des poursuites pénales sont également possibles, notamment en cas de récidive dans un délai d’un an. Travailler pour une organisation désignée comme « indésirable », ou la financer, est passible de poursuites pénales immédiates.
M. Pavlov précise que, bien que le simple fait d’aimer une publication liée à une organisation « indésirable » sur les réseaux sociaux ne soit pas systématiquement sanctionné, cela pourrait être interprété comme une participation si les autorités le souhaitent. Il souligne toutefois que la consultation de contenus, comme regarder des vidéos sur YouTube, reste autorisée, à condition de ne pas les diffuser.
Pour naviguer en toute sécurité, les utilisateurs russes peuvent installer l’application DW Access pour Android ici, utiliser un réseau privé virtuel (VPN) pour masquer leur adresse IP, ou simplement lire les articles sur le site web de DW.
Cet article a été initialement rédigé en russe.