Publié le 15 octobre 2025 18h18. L’ancien magnat de l’immobilier autrichien René Benko a été condamné à deux ans de prison ferme pour fraude, mais a été acquitté d’une accusation de tentative de dissimulation d’actifs. L’affaire met en lumière les difficultés financières de l’homme d’affaires et les accusations de manipulation de fonds à l’approche de sa faillite.
- René Benko a été reconnu coupable de cadeau illégal de 300 000 € à sa mère.
- Il a été acquitté de l’accusation de paiement anticipé de loyer pour tenter de protéger ses actifs.
- Son avocat envisage de faire appel du verdict.
L’ancien fondateur du groupe Signa, René Benko, a été condamné mercredi par le tribunal régional d’Innsbruck à une peine de deux ans d’emprisonnement sans sursis pour fraude, une décision qui marque un revers pour l’homme d’affaires autrichien en difficulté. Le jury a toutefois estimé que les preuves ne suffisaient pas pour le déclarer coupable d’avoir tenté de dissimuler des actifs en payant à l’avance le loyer d’une villa située près d’Innsbruck.
Le ministère public, par le biais de la WKStA (Wolfgangsicherheits- und Korruptionsstaatsanwaltschaft – Procureur spécialisé dans la criminalité économique et la corruption), avait accusé Benko d’avoir cherché à soustraire des fonds à ses créanciers à l’automne 2023 en réglant d’avance le loyer de cette villa, nécessitant d’importants travaux de rénovation. Le tribunal n’a cependant pas pu établir que le logement était réellement inhabitable, ni que le loyer mensuel de 7 500 € (environ 8 100 CHF) était excessif compte tenu des prix pratiqués à Innsbruck.
Un cadeau à sa mère reconnu comme une fraude
En revanche, le jury a estimé que Benko s’était rendu coupable d’avoir offert un cadeau de 300 000 € à sa mère. Selon la WKStA, Benko aurait reçu 1,5 million d’euros de sa mère via un prêt de la Fondation privée Laura, avant de lui restituer 300 000 €. Par la suite, sa mère lui aurait de nouveau versé plusieurs millions d’euros. La juge Andrea Wegscheider a souligné que le don était illégal, estimant que, dans le contexte de l’insolvabilité de Benko et des transactions financières impliquant les fondations, seul le don initial était pertinent :
« Benko a reçu un cadeau de sa mère et l’a ensuite restitué sans aucune raison légale. Tout ce qui suit n’a aucune importance. »
Andrea Wegscheider, juge
La juge a également exprimé des doutes quant à la transparence des transactions financières entre la mère et le fils, évoquant des transferts d’argent initialement présentés comme des prêts, puis reclassés comme des dons, avec des accords écrits souvent conclus a posteriori.
Prise en compte de la détention provisoire
Le montant des dommages étant désormais fixé à 300 000 €, la peine applicable est moins sévère. La détention provisoire déjà effectuée par Benko, placé en garde à vue à Vienne depuis le 23 janvier 2025, sera prise en compte comme circonstance atténuante.
Benko a écouté l’annonce du verdict avec calme apparent, affichant toutefois un certain trouble émotionnel. Son avocat, Norbert Wess, a déclaré qu’il ne souhaitait pas faire de déclaration immédiate, se réservant la possibilité de faire appel.
Un appel « probable » selon l’avocat
Norbert Wess a indiqué qu’un recours contre le verdict concernant le don de 300 000 € était « plus probable », tout en précisant qu’il devait d’abord en discuter avec son client. Il a souligné que le jury avait ignoré le fait que la mère de Benko avait reversé plus d’un million d’euros à son fils quelques jours après le versement initial.
« Légalement, il ne s’agit pas d’une fraude Krida. »
Norbert Wess, avocat de René Benko
L’avocat a également estimé que la détention provisoire de Benko n’était plus justifiée, arguant qu’il ne représentait plus un risque de fuite ou de récidive.
La WKStA avait requis une peine plus lourde
Le procureur général de la WKStA avait initialement requis une peine plus sévère, estimant que Benko avait privé ses créanciers de fonds en payant à l’avance le loyer de la villa d’Innsbruck et en offrant un cadeau à sa mère. Il avait mis en doute la crédibilité de l’argument de Benko selon lequel le paiement anticipé du loyer lui aurait permis de bénéficier d’une exonération fiscale.
Le procureur général a décrit l’approche de Benko comme étant « calculée » et « complexe », soulignant que son seul objectif était de préserver le patrimoine familial. Il a également souligné que la famille de Benko occupait toujours la villa en question.