Publié le 21 octobre 2025 à 13h55. L’horreur cinématographique a connu une année exceptionnelle en 2025 au Royaume-Uni et en Irlande, devenant le genre le plus rentable au box-office, une performance qui interroge sur les angoisses contemporaines et la catharsis que le cinéma peut offrir.
- Le box-office britannique et irlandais a vu une augmentation de 22 % des recettes générées par les films d’horreur en 2025, atteignant 83,766 millions de livres sterling (environ 97,7 millions d’euros).
- Cinq films d’horreur ont dépassé les 10 millions de livres sterling (environ 11,6 millions d’euros) au box-office, un fait sans précédent.
- Les professionnels du secteur soulignent que le succès de ces films ne se limite pas à leur qualité artistique, mais reflète un besoin de catharsis face aux tensions sociales et politiques actuelles.
L’année 2025 marque un tournant pour le cinéma d’horreur au Royaume-Uni et en Irlande. Après des années relativement discrètes, le genre a explosé au box-office, surprenant les analystes et les professionnels du secteur. Selon Charles Gant, rédacteur en chef du box-office de Screen International, « L’année dernière, aucun film d’horreur n’a atteint 10 millions de livres sterling au box-office britannique ou irlandais. Cette année, cinq films l’ont atteint ». Parmi les succès notables, on compte Armes (11,4 millions de livres sterling), Pécheurs (16,2 millions de livres sterling), The Conjuring Last Rites (14,98 millions de livres sterling) et 28 ans plus tard (15,54 millions de livres sterling).
Ce succès ne se limite pas aux chiffres. Laura Wilson, responsable des acquisitions chez le distributeur Altitude, observe que des films comme Armes et Pécheurs suscitent un engouement particulier :
« J’ai entendu des gens dire : « Même si vous n’aimez pas l’horreur, c’est un film que vous devez voir ». Des films comme Armes et Pécheurs jouent avec le genre et la structure pour créer quelque chose de complètement différent, et cela s’adresse au public d’une manière différente. »
Laura Wilson, responsable des acquisitions chez Altitude
Ces films, en brisant les codes traditionnels, attirent un public plus large et plus diversifié.
Au-delà de l’aspect purement artistique, les experts estiment que l’horreur répond à un besoin profond de catharsis. Mike Muncer, animateur du podcast L’évolution de l’horreur, explique :
« En ce moment, il y a beaucoup de colère, de peur et de division qui se reflètent dans le cinéma. »
Mike Muncer, animateur du podcast L’évolution de l’horreur
Les films d’horreur permettent ainsi de confronter et d’exorciser les angoisses contemporaines, qu’il s’agisse des tensions géopolitiques, des catastrophes climatiques ou de la montée des extrémismes.
Christopher Frayling, auteur de Vampire Cinema et Frankenstein : les 200 premières années, souligne que le genre horrifique a toujours été sensible aux troubles sociaux. Il rappelle l’essor de l’expressionnisme allemand après la Première Guerre mondiale et l’atmosphère chaotique de la République de Weimar, ainsi que la popularité des films d’horreur pendant la Grande Dépression des années 1930. Lola Kirke, l’une des stars de Pécheurs, ajoute :
« J’ai lu quelque part que le succès des films de vampires était lié à une période de crise économique. C’est l’idée que le capitalisme aspire la vie des gens. »
Lola Kirke, actrice
Cette tendance se confirme avec des films récents comme Le soleil coupé, dont le scénariste-réalisateur Dean Puckett explique vouloir explorer « les idées autour de la montée du populisme ». L’horreur, en somme, devient un miroir déformant mais révélateur des préoccupations de la société.
L’ère actuelle de l’horreur socialement engagée a été initiée par Jordan Peele avec Get Out (2017), sorti peu après l’élection de Donald Trump. Alice Lowe, dont le film Prévenir (2016) avait déjà marqué les esprits, se souvient :
« C’était le début d’une époque où les gens s’ouvraient à la réalisation d’un film d’horreur vraiment dingue qui avait des aspirations d’art et d’essai. »
Alice Lowe, réalisatrice
Parallèlement, on assiste à une réévaluation des œuvres moins connues du genre. Le Nickel Cinema, ouvert à Londres, propose une programmation underground de films tels que The Greasy Strangler, The Fall of the House of Usher et un remake de 1989 du Dr Caligari. Son fondateur, Dominic Hicks, y voit une réaction au contenu algorithmique dominant au box-office :
« C’est une réaction au produit aseptisé qui sort d’Hollywood. […] [Ces films] sont un peu cassés. C’est comme s’ils étaient sortis du subconscient de quelqu’un et avaient été implantés là-bas sans l’intervention des entreprises. »
Dominic Hicks, fondateur du Nickel Cinema
L’avenir de l’horreur semble prometteur. Christopher Frayling prédit l’émergence de films explorant les angoisses liées à l’intelligence artificielle et à la montée des populismes. Dean Puckett travaille déjà sur un nouveau projet, un court métrage intitulé « Fuck Face », inspiré d’une rencontre avec un député réformiste. Enfin, le film « Jesus horror » The Carpenter’s Son, avec Nicolas Cage et FKA Twigs, promet de susciter la controverse aux États-Unis.
